A l’occasion du 30e anniversaire du décès de Mgr Alexandre

Il y a un peu plus de trente ans, le 16 mai 1979, décédait l’évêque Alexandre de Zilon, évêque auxiliaire de l’Archevêché des paroisses russe en Europe occidentale. Théologien de formation (il était diplômé de l’Institut Saint-Serge), prêtre d’une haute stature spirituelle (il était l’auteur de nombreux articles et ouvrages de spiritualité et d’hagiologie, dont un livre fondamental sur saint Jean de Cronstadt et un catéchisme orthodoxe, plusieurs fois réédité, Mgr Alexandre (Semenoff-Tian-Chansky) (1890-1979) fut pendant de nombreuses années recteur de la paroisse Notre-Dame-du-Signe, à Paris et, de 1971 à sa mort, évêque auxiliaire auprès de l’archevêque Georges (Tarassoff).

Nous reproduisons ici le texte d’une réflexion sur l’organisation ecclésiale de la diaspora russe écrit par de Mgr Alexandre (Semenoff-Tian-Chansky) en réponse au Message qu’avait adressé le 3e concile de l’Eglise russe hors-frontières aux responsables de l’Archevêché, en 1974 (traduit à partir du texte original russe, paru dans Vestnik RKhD. Paris-New York, Moscou, 1974, n° 114).

« Nos évêques, clercs et laïcs ont reçu un Message que nous a adressé “l’Eglise hors-frontières”. Nous saluons avec joie cette tentative d’instaurer avec nous des relations amicales. Nous sommes prêts à oublier les heurts du passé et voulons établir une coexistence chrétienne et, là où c’est possible, une coopération avec l’Eglise russe hors-frontières. Mais nous devons déclarer immédiatement avec franchise que notre compréhension des bases même de l’organisation de l’Eglise, c’est-à-dire de l’enseignement orthodoxe sur l’Eglise (l’ecclésiologie), est différente de la vôtre. Premièrement, nous confessons fermement que chaque Eglise territoriale doit s’efforcer d’être reconnue par les autres Eglises territoriales, et, deuxièmement, nous nous déclarons profondément convaincus que toutes les Eglises orthodoxes doivent être locales, c’est-à-dire s’élevées sur un territoire précis, et que l’existence d’une Eglise transfontalière, c’est-à-dire sans frontières géographiques, n’est pas canonique. Nous avons déjà beaucoup polémiqué par le passé, à la fois avec les représentants du Patriarcat de Moscou et avec ceux de l’Eglise hors-frontières, sur le caractère inconditionnel du principe territorial de l’organisation de l’Eglise, et il faut dire que les arguments de nos adversaires ne nous ont pas convaincus. Le principe national qu’ils ont avancé comme principal critère d’organisation de l’Eglise n’a pour nous qu’une importance secondaire. Toute Eglise est supranationale, même si les traditions nationales ont tous les droits d’existence et peuvent servir de fondement pour la constitution d’entité ecclésiale particulière, même de grande envergure. Aucun d’entre nous ne peut douter de votre amour ni aussi de notre amour à l’égard de l’Eglise russe souffrante et de la Russie elle-même [...]. Néanmoins, notre Archevêché, de concert avec la diaspora grecque, devient de plus en plus la graine ou le prémisse d’une Eglise orthodoxe pluriethnique en Europe occidentale. Nous croyons en la signification providentielle de notre diaspora en Europe occidentale, qui conduit vers l’Orthodoxie des Occidentaux, sans la moindre propagande de notre part et sans le moindre esprit de prosélytisme, lequel est tout à fait étranger à l’Orthodoxie. Si même, par l’action désirée par tous de la miséricorde divine, l’Eglise en Russie venait un jour à être libérée de son emprisonnement actuel satanique, l’Eglise orthodoxe en Europe occidentale resterait ici et continuerait à se développer. Elle se trouve sous l’omophore du Patriarche œcuménique, reconnu par nous comme un patriarche supranational et comme le premier dans l’honneur, ayant un droit de protection sur la diaspora orthodoxe. L’Eglise orthodoxe en Occident, après la libération de l’Eglise en Russie, vivra bien sûr avec cette dernière dans l’unité, mais elle n’en deviendra pas pour autant un diocèse de l’Eglise russe. Nous pouvons supposer que de nombreux clercs et laïcs choisiront de rentrer dans la Russie libre, où s’ouvrira un champ immense pour l’action pastorale, mais il est indéniable que beaucoup de petits-enfants, d’arrières petits-enfants et arrières-arrières petits-enfants des émigrés russes préféreront rester en Occident, sans trahir l’Orthodoxie. Du fait de ce qui vient d’être dit, nous voyons pour nous deux tâches : 1. sauvegarder la tradition ecclésiale et le patrimoine orthodoxes russes et préparer des serviteurs de l’Eglise pour la Russie future ; 2. protéger et aider l’Eglise orthodoxe locale qui émerge et, le moment voulu, rechercher sa reconnaissance par les autres Eglises orthodoxes. [...] Pour ce qui est des craintes de l’Eglise hors-frontières au sujet des événements imprévus qui peuvent nous arriver dans la juridiction du Patriarcat œcuménique, nous répondons que nous savons que le monde est plein d’imprévus et d’événements inattendus, mais ceux qui se tournent vers Dieu avec humilité pour chercher de l’aide reçoivent toujours les indications nécessaires sur ce qu’ils doivent faire. Malgré les différences que nous venons d’indiquer avec les responsables de votre Eglise, nous considérons, comme vous, qu’il n’y a pas eu de complète coupure avec votre Eglise, mais nous estimons que nous fondre dans une seule entité ecclésiale avec vous est encore impossible. Nous sommes aussi en désaccord avec les arguments historiques avancés pour fonder votre canonicité. Le décret du patriarche Tikhon de 1920 concernait les évêques se trouvant sur le territoire de la Russie. Pour administrer les églises russes en Europe occidentale le patriarche a nommé le métropolite Euloge, tandis qu’il a supprimé le Synode hors-frontières. Tout ce qui vient d’être dit ne doit pas nous empêcher de chercher à nous rapprocher de vous dans le service du Christ et de son Eglise. Mais, bien entendu, il est indispensable que l’Eglise hors-frontières cesse définitivement d’essayer de prendre nos paroisses (Copenhague, Bad Ems, etc.), ainsi que de lancer des menaces et interdits à notre encontre. Si cela s’arrangeait, nous pourrions alors résoudre en commun dans un esprit amical un certain nombre de question pour le bien de l’Eglise orthodoxe. Evêque Alexandre de Zilon

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