In Memoriam

Mère Catherine (née Hélène de Giers) est décédée, le 10 novembre 2009, dans sa quatre-vingt-dix-huitième année.

Mère Catherine était issue d’une famille d’origine suédoise entrée au service des empereurs de Russie et qui donna au cours du XIXe siècle de nombreux hauts fonctionnaires et serviteurs de l’État, notamment dans la diplomatie. Son grand-père avait fini sa carrière comme ministre des Affaires étrangères du tsar Alexandre II, elle-même était la fille de Nicolas de Giers, ambassadeur de Russie à la Cour des Habsbourg, et de son épouse, née princesse Anastasie Ouroussov. Mère Catherine était née 1er/14 octobre 1911 à Vienne (Autriche), où son père était alors en poste, et n’avait de ce fait pratiquement pas connu la Russie. Après la Révolution russe, sa famille se réfugie à Nice. C’est là qu’Hélène et Anastasie de Giers, sa sœur aînée d’un an, font la connaissance de l’archevêque Vladimir, nommé par le métropolite Euloge en 1925 pour assurer la direction de la paroisse de Nice, et en deviennent les filles spirituelles. À la fin de la deuxième guerre mondiale, avec la bénédiction de l’archevêque Vladimir, elle entre au monastère de la Résurrection que dirigeait mère Mélanie (Likhatchev), à Rozay-en-Brie, dans l’est de la région parisienne. Elle fait sa profession monastique, le 4/17 décembre 1945, auprès du métropolite Euloge.

Après la fermeture du monastère et la reconversion des locaux en maison de retraite pour personnes âgées de l’émigration russe, avant de venir à Paris assister le métropolite Vladimir dans les dernières années de sa vie, en s’occupant de sa maisonnée et de ses soins de santé. À partir de cette époque, elle s’installe, avec sa sœur, dans un petit studio de l’avenue Mac-Mahon, près de la rue Daru. Mère Catherine fait partie du groupe des premiers pèlerins qui accompagnent à partir de 1954 l’évêque Méthode en Terre sainte, dans le cadre des pèlerinages diocésains. Elle découvre alors les communautés de moniales russes de Jérusalem, à Gethsémani, au Mont des Oliviers, et à Eléon, la montagne de l’Ascension. Après la mort du métropolite Vladimir, survenue le 18 décembre 1959, mère Catherine et sa sœur Anastasie, qui ne tarde pas à faire elle aussi sa profession monastique sous le nom d’Agnès, passent quelque temps au monastère de Bussy-en-Othe, puis au monastère de Gethsémani.

Mais toutes deux restaient très attachées à la communauté russe de Paris et, surtout, à la mémoire du métropolite Vladimir, aussi finirent-elles par rentrer à Paris. En 1965, elles publient un livre relatant la vie du défunt métropolite, ainsi que deux recueils, l’un contenant une série de sermons de Mgr Vladimir, l’autres des petits écrits spirituels. Après leur retour en France (entrecoupé toutefois par des séjours réguliers au monastère de Gethsémani, durant l’été, lors des pèlerinages conduits par Mgr Méthode, puis par Mgr Romain), les deux moniales participent activement à la vie de la paroisse de la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, notamment en assurant le chant et les lectures des offices à l’église en semaine, ou encore en visitant les malades et en lisant le psautier auprès des défunts. Après la mort de Pierre Spassky, en 1968, mère Catherine sera d’ailleurs nommée second chantre titulaire (« psalomchtchik ») de la cathédrale, charge qu’elle assurera jusqu’au début des années 1990. Mère Catherine enseignera aussi, pendant de nombreuses années, le catéchisme à l’école paroissiale de la cathédrale. Connaissant très bien les offices liturgiques, parlant parfaitement le russe comme le français depuis sa plus tendre enfance, Mère Catherine ainsi que sa sœur aidèrent aussi, au milieu des années 1960, à la mise en place de la communauté de langue française dans la crypte de la cathédrale, venant souvent chanter et traduire certains textes du cycle mobile des fêtes dont il n’existait pas encore à l’époque de traduction en français.

L’âge et la maladie avaient contraint, il y a une dizaine d’années, les deux moniales à quitter leur petit studio parisien et à s’éloigner, à contre-cœur, de la cathédrale à laquelle elles étaient tant attachées, pour être soignées à la maison de retraite russe de Sainte-Geneviève-des-Bois. C’est là qu’est décédée mère Catherine, ce 10 novembre, dix après sa sœur aînée, mère Agnès.

Mère Catherine, tout comme sa sœur, mère Agnès, faisaient partie de la vie du diocèse et de sa cathédrale depuis dès décennies, pratiquement depuis toujours. Elle était l’un des derniers témoins de l’époque des métropolites Euloge et Vladimir. Elle faisait aussi jusqu’à son départ en maison de retraite, il y a dix ans, partie du quartier des Ternes, qu’elle arpentait, parfois plusieurs fois par jour, entre l’église de la cathédrale et le studio qu’elle habitait, sous les toits, au dernier étage d’un immeuble bourgeois parisien, et qui était devenu sa cellule monastique. Tout le monde la connaissait et l’appréciait, les membres du clergé et les paroissiens, bien sûr, les enfants de l’école paroissiale, mais aussi les simples visiteurs de la cathédrale, sans oublier les habitants du quartier. Elle était toujours accueillante, toujours ouverte aux Russes comme aux non-Russes, aux orthodoxies comme aux non-orthodoxes, souriante, toujours prête à donner une explication, à raconter une histoire ou à se souvenir de tel ou tel épisode du passé de « ses » cathédrales à Nice puis à Paris (elle avait un indéniable talent de conteuse) ou encore à décrire la liturgie nocturne de telle ou telle fête au Saint-Sépulcre, comme elle l’avait vu célébrer lors de ses séjours à Jérusalem.

Le centre de sa vie était la liturgie : elle ne manquait pas une célébration eucharistique à la cathédrale, présente avec sa sœur dès 9 h 30 pour se confesser ou recevoir l’absolution, puis pour lire et chanter dans la petite la chorale, ou simplement prier, discrètement presqu’invisiblement, cachée sur le côté droit de la nef, derrière l’immense monument contenant la « plachtchanitsa », l’image du Christ au tombeau. Enfin, elle accomplissait toujours elle-même la « clôture » de la liturgie, en récitant pour les fidèles les prières d’action de grâce après la communion. D’une grande culture, à la fois littéraire (les classiques russes), mais aussi spirituelle (la Philocalie était son livre de chevet), elle connaissait les textes des offices liturgiques par cœur, y compris les parties du prêtre et du diacre, mais elle continuait à suivre chaque fois la liturgie dans son petit euchologe (sluzhebnik) de poche, tout en chantant les répons à sa façon (ce qui avait souvent le don d’irriter le chef de chœur). Telle est l’image que beaucoup garderons de mère Catherine, à la fois frêle, fragile, et en même temps d’une grande force de volonté et d’un immense esprit de service et de dévouement envers tous ceux qui l’approchaient et à qui elle s’empressait de montrer le Christ.

Il est hautement significatif que mère Catherine qui avait pieusement gardé et transmis la mémoire de son père spirituel, le métropolite Vladimir, se soit éteinte dans la paix du Seigneur la veille de la conférence diocésaine organisée, dans les locaux de l’Institut Saint-Serge, à Paris, le 11 novembre, pour commémorer le 50e anniversaire du décès du métropolite Vladimir (1873-1959).

Ses obsèques auront lieu mardi 17 novembre, dans la matinée, à la cathédrale de la rue Daru. L’inhumation aura lieu ensuite au cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois.

A. N.

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le métropolite Vladimir avec, première à sa droite, mère Catherine et, seconde, mère Agnès (à l’époque encore laïque). Paris, 1959.
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