Commentaire de la semaine Sainte

La célébration de la Passion de notre Sauveur commence les trois premiers jours de la Semaine sainte par ce que nous appelons l’office de l’Époux.

L’office de l’Époux

Cet office est inspiré par la parabole des dix vierges, tirée de l’Évangile de saint Mathieu [1]. Dix jeunes filles avaient été choisies un soir de noces pour accueillir, selon la coutume juive de l’époque, l’époux qui devait arriver dans la salle de noces. Et parmi ces dix vierges, cinq étaient sages et cinq étaient stupides, « fofolles ».

Les cinq sages, voyant que l’époux tardait à venir, se dirent : « L’époux tient toujours parole, il viendra tard, mais il viendra tout de même, alors garnissons nos lampes d’huile afin d’en avoir assez pour l’accueillir avec des lampes allumées quand il viendra. » Elles prennent donc une réserve d’huile afin de garnir leurs lampes. Mais les cinq vierges stupides se disaient : « L’heure a passé, il ne viendra plus. » Et voilà que nos jeunes filles s’endorment.

Au milieu de la nuit, on entend un cri : « Voici l’époux qui arrive. » Les dix jeunes filles se réveillent. Les cinq sages allument leurs lampes après les avoir garnies d’huile. Les cinq fofolles disent : « Nous n’avons plus assez d’huile pour nos lampes, prêtez-nous-en, afin que nous puissions nous aussi accueillir l’époux. » Mais les sages leur disent : « Nous en avons juste assez pour nous-mêmes, allez donc au village, auprès des fournisseurs, acheter de l’huile. »

Voilà nos cinq vierges folles courant au milieu de la nuit chercher de l’huile au village. Pendant qu’elles en cherchent, l’époux arrive. Les cinq vierges sages, leurs lampes allumées, l’accueillent et entrent avec lui dans la salle de noces. Les portes se referment tandis que les réjouissances commencent. Les cinq folles, qui ont enfin trouvé l’huile, arrivent à la salle et trouvent la porte fermée. Elles frappent : « Ouvre-nous, ouvre-nous ! » De l’intérieur, elles entendent la voix de l’époux qui leur dit : « Je ne vous connais pas. » Elles repartent alors, tête baissée, dans l’obscurité de la nuit. Voilà la parabole qui sert de thème à ces trois premières journées.

L’époux, évidemment, c’est le Seigneur Jésus qui reviendra et qui tarde à venir. Les vierges sages sont celles qui reconnaissent dans le Christ de la Passion l’Époux de l’Église qui reviendra en gloire et qui, par conséquent, se préparent à l’accueillir. Ceux qui le reconnaissent dans sa Passion et dans sa souffrance, en effet, sont ceux qui l’accueillent dans sa gloire et pénétreront avec lui dans la salle de noces du Royaume. Ceux qui le renient dans sa Passion et ne le reconnaissent pas resteront en dehors de la salle de noces, dans les ténèbres extérieures.

Pour célébrer ce mystère, que se passe-t-il ?

L’Église chante : « Voici venir l’Époux au milieu de la nuit. Bienheureux le serviteur qu’Il trouvera éveillé. Indigne est celui qu’Il trouvera assoupi. Ô mon âme, garde-toi de t’abandonner au sommeil, de peur d’être livrée à la mort et bannie du Royaume. Mais réveille-toi en clamant : Saint, Saint, Saint es-Tu, Ô notre Dieu ! Par la Vierge ta mère, aie pitié de nous. » Tandis que le chœur et le peuple chantent ce beau cantique, voici que le célébrant sort du sanctuaire en portant l’icône de l’Époux souffrant, le Christ, tel que Pilate le présente à la foule hurlante en s’écriant : « Voici l’homme », « Ecce homo. » [2]

Tandis qu’apparaît ainsi le Christ avec sa couronne d’épines, le visage couvert de sang et de crachats, l’Église chante : « Voici venir l’Époux... » À l’heure de la Passion, contemplant le Christ souffrant, l’Église reconnaît en Lui le Roi de gloire qui entre dans son Royaume et L’accueille à l’avance. On retrouve le même thème qu’au dimanche des Rameaux : Celui qui entre dans la Jérusalem terrestre pour y souffrir, Celui-là même qui porte la couronne d’épines et qui va vers la mort est le Roi de gloire qui reçoit la couronne dans son Royaume. C’est là le thème commun aux trois journées. Chaque journée contient cependant son propre sujet.

Le juste Joseph

Le Lundi saint, nous célébrons - cela peut nous surprendre - la mémoire de Joseph, le fils de Jacob, celui qui, en Égypte, devenu serviteur du ministre de Pharaon, repousse les avances de la femme de Potiphar et s’échappe tout nu en laissant son manteau dans les mains de sa séductrice. Dépitée, elle l’accuse et le calomnie auprès de son mari. Joseph est alors envoyé en prison [3].

Cet innocent souffrant la prison à cause de sa vertu et de sa justice est déjà le signe précurseur du juste souffrant sur la Croix. Il nous fournit aussi un exemple que nous allons essayer de suivre pendant toute la Semaine sainte, l’exemple de cette continence, de cette vertu, sans laquelle nous ne saurions nous associer au Christ en Croix ni participer à sa Résurrection. Le chaste Joseph, résistant à la séduction par loyauté envers la Parole de Dieu, nous invite tous à suivre cet exemple de sobriété pour entrer dans la Semaine sainte. Ce n’est que dans l’esprit du juste et chaste Joseph que nous pourrons participer à tous les événements de la Semaine sainte.

Source : http://perecyrille.net/node/850

[1] Mt 25, 1-13

[2] Jn 19, 5.

[3] Cf. Gn 39

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