Suite du commentaire de la semaine Sainte par le Père Cyrille Argenti

Le figuier desséché

Le lendemain (voir le début du commentaire ), Jésus entre à Jérusalem et, sur son chemin pour se rendre au Temple, Il voit un figuier. Il s’en approche pour cueillir des fruits, mais Il n’en trouve pas et maudit le figuier : « Tu ne porteras jamais plus de fruits. » Au retour du Temple, les apôtres constatent que le figuier s’est desséché [1]. Parabole vécue, parabole en actes, avertissement redoutable qui est donné au fidèle au cours de la Semaine sainte.

Ne ressemblons pas au figuier stérile. Le Seigneur attend de nous des fruits d’amour, des fruits de bonté, des fruits de justice. Celui qui ne porte pas de fruits sera un figuier stérile, inutile, desséché, qui n’est bon qu’à être livré au feu. Si nous devons, au cours de cette Semaine sainte, suivre l’exemple du chaste Joseph, nous devons aussi veiller à ne pas être des figuiers stériles, afin que le Seigneur, lorsqu’Il reviendra, puisse trouver en nous un serviteur qui aura accompli la volonté du Père et, au cours de toute sa vie, aura porté des fruits.

La Semaine sainte est donc intimement liée à toute notre vie quotidienne, à ce que nous sommes, mais aussi à ce que nous faisons. Les deux sont inséparables. Nous devons être semblables au chaste Joseph, mais nous devons agir en portant du fruit, en présentant à Dieu des dons d’amour, de vérité, de justice.

Le repas de Béthanie

Enfin, le Mercredi saint, nous faisons mémoire du repas de Béthanie. Lorsque Jésus, remontant à Béthanie, est invité dans la maison de Simon le pharisien, Il accueille une femme de mauvaise vie qui tombe à ses pieds, y verse un parfum précieux et les essuie avec ses cheveux, en les lavant de ses larmes. Judas s’indigne en s’écriant : « On aurait pu vendre ce parfum pour un prix très élevé et le distribuer aux pauvres. » Jean l’Évangéliste ajoute la remarque suivante : il ne disait pas cela parce qu’il s’intéressait aux pauvres, mais parce qu’il était le trésorier de la troupe et qu’il volait dans la caisse. [2]

Ainsi, le Mercredi saint, nous sont présentés ces deux personnages opposés : Judas qui aime l’argent et qui, pour cette raison, se prépare à vendre le Sauveur et à Le trahir et la prostituée repentie à laquelle « parce qu’elle a beaucoup aimé, il sera beaucoup pardonné ». Parce qu’il lui sera beaucoup pardonné, elle aimera beaucoup. Elle manifeste son repentir par ses larmes, son amour par le parfum précieux et elle reçoit le pardon du Seigneur. Les pharisiens protestent : « Comment donc, si cet homme est prophète, ne sait-Il pas qui est cette femme qui Lui lave les pieds ? » Jésus répond à Simon : « Toi, tu ne m’as pas lavé les pieds quand Je suis arrivé, tu ne m’as pas versé du parfum, mais à cette femme il sera beaucoup pardonné, parce qu’elle a beaucoup aimé. »

Si cette femme est bien Marie Madeleine, que nous reverrons devant le tombeau vide, à l’aube du dimanche de Pâques, alors elle sera la première, elle, la pécheresse repentante et pardonnée, à contempler quelques jours plus tard le Christ ressuscité.

Le Mercredi saint, nous faisons donc mémoire de cette femme oignant les pieds de Jésus en célébrant le sacrement des malades, le sacrement des saintes huiles. Pensant à cette huile précieuse versée sur les pieds du Seigneur Jésus, nous invoquons le Saint Esprit sur l’huile de la guérison. Il y a ici, dans le texte de l’Évangile, un jeu de mots, car miséricorde en grec se dit eleos et huile se dit eleon, en sorte que l’huile sera le symbole de la miséricorde du Christ. Nous célébrons donc cette huile de miséricorde en demandant au Seigneur de nous pardonner comme Il a pardonné à la prostituée et de nous guérir comme Il l’a guérie avec l’huile de sa miséricorde, de nous guérir des maladies de l’âme et du corps car les secondes sont souvent le résultat des premières. C’est parce qu’il y a quelque chose de pourri à la racine de notre être, au fond de notre âme, que notre corps est atteint de maladie.

Nous retrouvons en ce Mercredi saint la santé de l’âme et du corps par le repentir et par le pardon. C’est pourquoi ce jour-là, nous célébrons le sacrement des malades en recevant l’onction du pardon et de la guérison, par la miséricorde du Sauveur.

Pendant ce début de la Semaine sainte, nous évoquons donc à la fois le souvenir des événements que nous raconte l’Évangile - l’entrée à Jérusalem, la malédiction du figuier, l’onction de Béthanie - en même temps que nous nous préparons à cette célébration en essayant d’imiter l’exemple du chaste Joseph, d’éviter celui du figuier stérile, de suivre la voie de la femme pécheresse pour recevoir comme elle le repentir et le pardon. Enfin, nous reconnaissons dans ce Christ de la Passion, le Roi de gloire qui va venir.

Vous voyez donc que sont associés, pendant ces trois premiers jours, la mémoire des événements historiques, l’acte de foi discernant le Roi de gloire et Dieu dans la personne du Christ souffrant et la résolution du repentir, du changement de vie. C’est parce que nous reconnaissons dans le Christ souffrant notre Sauveur et notre Roi que nous réalisons cette conversion intérieure pour laquelle Il a donné sa vie, car sa Passion a eu lieu pour notre salut. Nous reconnaissons en lui notre Sauveur pour recevoir son salut, par notre repentir qui nous prépare à recevoir son pardon.

Lorsque nous découvrons que le Christ a subi toute sa Passion à cause de nous, par amour de nous, comment n’aurions-nous pas au fond de notre cœur cette contrition et ce repentir ? C’est lorsque nous découvrons que le Seigneur Jésus est le Sauveur qui nous aime et qui meurt pour nous, par amour pour nous, que notre cœur est touché et que nous décidons de changer de vie, de ressembler à Job, que nous célébrons aussi ces jours-là dans l’office de vêpres.

Nous lisons ce passage du livre de Job : Job était un homme juste qui aimait Dieu. Un jour, Satan, jaloux de sa foi, demande à Dieu de mettre à l’épreuve ce juste afin de l’amener à se révolter. Job subit de nombreuses épreuves - ruine, deuil, maladies - mais il garde toujours confiance en Dieu. Devant cette foi inébranlable, Satan doit constater son échec. Dieu redonne à Job le bonheur terrestre et le livre se termine par l’annonce de la résurrection de Job, au dernier jour.

Nous reconnaissons en Job le modèle et la figure du Christ, qui subira non seulement les mêmes épreuves que Job - souffrances autour de lui, souffrances dans son propre corps - mais qui subira aussi l’épreuve suprême dont Job avait été préservé, l’épreuve de la mort, et qui continuera jusqu’au bout à rendre gloire à Dieu. Job sera donc la figure du Christ, celui qui annonce sa venue, mais aussi celui qui nous sert de modèle, par la patience - non pas seulement au sens passif, mais aussi au sens actif - de celui qui résiste et qui espère dans l’épreuve. Celui qui ne perd pas confiance, celui qui subit l’épreuve avec courage, avec confiance, avec attente, une attente active du jour de la Résurrection, du jour de Dieu, celui qui subit l’épreuve de cette façon-là s’associe au Christ de la Passion. Il pourra entrer lui aussi dans la joie et dans la gloire de la Résurrection !

Source : http://perecyrille.net/node/850

[1] Mt 21, 18-22.

[2] Cf. Jn 12, 1-8 et Lc 7, 36-50.

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