Discours de Monseigneur Emmanuel

Intronisation de l’Archevêque Job de Telmessos

Le Métropolite Emmanuel, de France
Paris, le 5 décembre 2013

Éminences,
Cher Monseigneur Job, archevêque de Telmessos
Excellences,
Bien chers Pères,
Mesdames et Messieurs, les représentants des pouvoirs publics,
Mesdames et Messieurs, les membres du corps diplomatique,
Mesdames et Messieurs, le représentants des cultes,
Chers frères et sœurs en Christ,
Chers amis,

Aujourd’hui intronisé, l’archevêque Job prend la responsabilité spirituelle de votre Exarchat. Je me rends compte du poids de cette tâche, pour avoir assuré pendant une dizaine de mois l’intérim, entre le départ à la retraite de feu son Eminence l’archevêque Gabriel de Comane et l’élection de votre nouvel archevêque. Prions dans nos cœurs pour le repos de l’âme de l’archevêque Gabriel, notre frère et concélébrant, afin que sa mémoire soit éternelle !

Oui, pendant dix mois j’ai partagé vos craintes, vos doutes, vos difficultés. Aussi, je me suis efforcé de protéger le trésor que représente votre Exarchat. Aujourd’hui, c’est à ma grande joie que je vous invite à clore un chapitre et à tracer les premières lettres d’une histoire que j’espère riche et féconde.

Comme vous le savez l’Eglise est un mystère, c’est-à-dire que l’Eglise est l’espace d’une rencontre continue entre le Créateur et sa création. Cette rencontre devient d’autant plus tangible que le Logos, deuxième Personne de la Sainte Trinité, est venu assumer la nature humaine pour nous sauver. Mais l’Eglise est aussi un corps constitué de différents membres qui tous sont unis par la grâce de l’Esprit Saint dans la récapitulation du mystère de l’incarnation se déployant dans la célébration de la divine eucharistie. Car, c’est par l’eucharistie que nous participons pleinement à la vie de l’Eglise. Et, pour paraphraser Saint Nicolas Cabasilas, « c’est par l’eucharistie que nous signifions, que nous manifestons l’Eglise » dans son unité. Le Saint Apôtre Paul ne dit pas autre chose lorsqu’il écrit aux Corinthiens « Puisqu’il n’y a qu’un pain, à plusieurs nous sommes un seul corps, car tous nous participons à cet unique pain. » (1 Co 10, 16-17). Au sein du mystère de l’Eglise, l’épiscopat tient une place unique. Il représente corporativement tout son diocèse. Son charisme tient avant tout à la garantie de la foi apostolique et à la protection de l’intégrité du corps ecclésial. Foi et unité sont les deux missions de l’épiscopat qui convergent dans l’Eucharistie. Par ce sacrement, célébré par l’épiscopat et au nom de l’épiscopat, s’accomplit la communion de tous avec le Christ et des fidèles entre eux. A cet égard, l’évêque est au cœur de l’Assemblée eucharistique et c’est à travers lui que chaque Eglise locale participe à la communion des autres Eglises.

En cet instant crucial, Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholomée 1er m’a demandé de le représenter et de transmettre à chacune et à chacun d’entre vous ses plus paternelles salutations. En choisissant l’archevêque Job, le Saint Synode - sur suggestion de l’Assemblée générale de l’Exarchat - et l’Esprit-Saint, selon une expression conciliaire bien connue, avez choisi la jeunesse. Votre histoire est tournée vers le futur. Vous avez reçu en abondance, semez en abondance pour que les générations à venir sachent d’où elles viennent et sachent où elles vont. Vous avez fait le pari de la tradition dans la modernité. Vous avez fait le choix de la liberté. Mais vous ne serez véritablement dignes d’un tel honneur que si vous êtes capables de faire corps autour de votre nouvel archevêque. Réciproquement, cher Monseigneur Job, vous êtes appelé à exercer le charisme épiscopal en devenant un ferment d’unité et un acteur de la communion « de tous et de toutes ». Je vous enjoins bien fraternellement à travailler au rassemblement de vos fidèles. Par votre vie, vous aurez la mission d’inspirez la paix. Par vos gestes, vous devrez signifiez la concorde. Par vos paroles, vous devrez susciter l’amour et la miséricorde. Sur la mission de l’épiscopat, Saint Jean Chrysostome, a ces mots qui résonnent comme une évidence : « Il faut être à la fois noble et simple, sévère et bon, se conduire comme un chef et avoir l’abord facile, être incorruptible et obligeant, humble sans servilité, énergique et doux ; [...] il faut avec beaucoup de liberté [...] n’avoir en vue qu’une seule chose : l’édification de l’Eglise et ne rien faire sous l’impulsion de l’animosité ou de la complaisance. » (Sur le sacerdoce, III, 11, 145-153)

L’archevêque Job a donc été canoniquement élu le 2 novembre 2013, sur proposition de Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholomée, par le Saint Synode du Patriarcat Œcuménique et il a été ordonné par les mains de Sa Sainteté le Patriarche. Aussi, nul n’est besoin de vous rappeler combien le Patriarcat Œcuménique est attaché à votre Exarchat. Il est attaché à son histoire, unique dans le monde orthodoxe. D’ailleurs, les termes du Tomos de 1999 ne sont que le reflet de la vitalité spirituelle de vos paroisses et monastères, ainsi que du travail théologique élaboré à l’Institut Saint-Serge. J’ai entendu les troubles de certains qui craignent avoir perdu leur autonomie et je tiens à les rassurer. Le Patriarcat Œcuménique a pris ses responsabilités spirituelles en élisant le candidat que vous lui aviez proposé. Plutôt que de vous enfermer dans une posture de défiance, je vous invite à entamer un dialogue franc et ouvert avec votre nouvel archevêque afin de renforcer le lien de communion qui doit vous unir. Je suis convaincu que l’archevêque Job œuvrera en ce sens. Sa porte vous est ouverte. Il saura se rendre digne de vous et j’attends qu’il en soit de même pour vous.

L’Exarchat est aujourd’hui un acteur essentiel de l’Orthodoxie en France et participe à la diversité religieuse de l’hexagone. La place des chrétiens dans ce pays est importante, car elle demeure un témoignage des éléments constitutifs de notre foi. Les orthodoxes de France ne sont pas qu’une réalité sociologique minoritaire. Il s’agit d’une expérience particulière de la foi chrétienne en dialogue constant avec la culture française, dans le respect de la Laïcité. Je suis alors convaincu que notre apport pourra être déterminant dès lors qu’il sera basé sur le dialogue, le respect et j’ose dire sur l’amour.

L’archevêque Job représentera votre Exarchat au sein de l’AEOF en collaboration avec les autres membres de cette Assemblée dans l’esprit des travaux de Chambésy en 2009. L’engagement interorthodoxe est indispensable afin de porter un témoignage vivant de notre foi. De même, sur le plan de l’œcuménisme, l’archevêque Job devra approfondir le lien de communion que nous essayons de toutes nos forces de rétablir avec les Eglises d’autres confessions. D’ailleurs, votre archevêque en connaît parfaitement les enjeux.

Éminence, chers amis,

Axios, trois fois Axios au nouvel archevêque Job de Telmessos à qui je remets le signe de son autorité pastorale, la crosse épiscopale. Cette dernière est là pour protéger et non pour chasser. Elle vous sera utile pour aller chercher les brebis perdues, pour aller à la rencontre de l’autre, pour pérégriner sur les traces du Christ et montrer à chacun la voie qui mène au salut.

Je vous assure, Éminence, de mon soutien inconditionnel. La vigilance et la compassion sont les conditions inaliénables permettant de sauvegarder l’unité de l’Eglise par le lien de communion. Unité et communion sont deux aspects de la glorification de la Sainte Trinité : Père, Fils et Saint-Esprit !

Amen !

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