Prédication de l’Archevêque Job de Telmessos à l’Institut catholique de Paris

A l’occasion de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, lors de la messe célébrée en l’église Saint-Joseph-des-Carmes de l’Institut catholique de Paris, le mardi 21 janvier, Son Éminence l’Archevêque Job de Telmessos a prononcé l’homélie suivante :

« Le thème retenu cette année pour la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens nous questionne sur notre baptême et notre vocation chrétienne. Le baptême qui devrait tous nous mener vers l’unité en Christ s’avère malheureusement être une cause de division entre nous. Or, saint Paul nous interpelle lorsqu’il demande : le Christ est-il divisé ? Dans sa première épître aux Corinthiens, il dit avoir entendu parler de disputes au sein des chrétiens de Corinthe, les uns se clamant de Paul, les autres d’Apollos, d’autres de Pierre, d’autres encore du Christ... Néanmoins, si l’apôtre Paul était des nôtres aujourd’hui, il dirait que les uns se disent orthodoxes, les autres catholiques, d’autres encore protestants... les uns se clamant du pape, d’autres de Luther, d’autres de Calvin, d’autres encore des Pères de l’Église... C’est pourquoi l’exhortation de Paul résonne encore aujourd’hui en nos cœurs avec autant de vigueur et garde toute son actualité.

Pourtant, dans son décret sur l’œcuménisme, le concile Vatican II, un concile majeur de l’Église catholique romaine dont plusieurs manifestations célèbrent actuellement le cinquantenaire, affirme dans son préambule : « Une seule et unique Église a été fondée par le Christ Seigneur. Et pourtant plusieurs communions chrétiennes se présentent aux hommes comme le véritable héritage de Jésus-Christ. Tous certes confessent qu’ils sont les disciples du Seigneur, mais ils ont des opinions différentes. Ils suivent des chemins divers, comme si le Christ lui-même était divisé. Il est certain qu’une telle division s’oppose ouvertement à la volonté du Christ. Elle est pour le monde un objet de scandale et elle fait obstacle à la plus sainte des causes : la prédication de l’Évangile à toute créature ».

Il convient de saluer l’œuvre particulièrement importante de Vatican II pour promouvoir un dialogue constructif entre l’Église catholique romaine et les autres confessions chrétiennes, et plus particulièrement avec l’Église orthodoxe. Ce concile a ouvert de nouvelles perspectives pour l’affaiblissement, voire la neutralisation, des conséquences des événements tragiques qui ont brisé l’unité de l’Église. Or, saint Jean Chrysostome soulignait déjà au IVe siècle que « L’Église n’existe pas pour que nous restions divisés en y venant, mais bien pour que nos divisions y soient éteintes : c’est le sens de l’assemblée... Il nous faut tous être dans l’Église comme dans une commune maison : nous ne formons qu’un seul Corps. Nous n’avons qu’un même baptême, une même table, une même source, et aussi un seul Père » (Homélie sur 1 Co 10).

En cette semaine de prière pour l’unité des Chrétiens, il serait de bon ton de s’interroger sur le sens que chacun de nous, en tant que chrétien, donne à son baptême qui nous introduit dans la vie ecclésiale et qui nous ouvre l’accès à la table eucharistique. Le baptême est-il pour nous un signe de division ou un appel vers l’unité en Christ ? Certes, nous ne pouvons pas ignorer les causes qui nous séparent depuis plusieurs siècles, voire même un millénaire, ni les résoudre du jour au lendemain. Néanmoins, prendre conscience que par notre baptême nous avons été incorporés au Christ nous permettra peut-être de les surmonter et d’aller au-delà. Pour cela, nous devons nous rappeler les paroles de l’apôtre Paul nous disant que « le Christ ne l’a pas envoyé pour baptiser, mais pour annoncer l’Évangile, et sans avoir recours à la sagesse du langage humain, ce qui viderait de son sens la croix du Christ » (1 Co 1,17).

Le baptême doit avoir inauguré en nous et nous avoir communiqué une véritable vie en Christ, une vie centrée sur l’Évangile, une vie conforme aux préceptes évangéliques. C’est donc dans cet esprit d’amour évangélique que nous tous qui avons été baptisés en Christ et qui de ce fait avons revêtu le Christ, devons mener notre vie, indépendamment de nos appartenances confessionnelles, et indépendamment d’avec qui nous avons à faire. Et c’est à cet amour que le monde nous reconnaîtra en tant que véritables disciples du Christ, conformément à son enseignement : « A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour entre vous » (Jn 13,35).

En cette semaine de prière pour l’unité des chrétiens, efforçons-nous donc de discerner quelle place occupe le Christ dans notre vie depuis notre baptême. Examinons notre vie et vérifions si elle est vraiment une vie en Christ, une vie conforme à l’Évangile et à ses préceptes. Car ce n’est qu’en nous déclarant vraiment du Christ, et non d’autres personnages qui, bien qu’étant exemplaires et dignes de respect, demeurent secondaires par rapport à Lui, notre seule Lumière et notre unique Sauveur, que nous arriverons à dépasser nos divisions et à trouver l’unité. Attachons-nous au Christ seul en pratiquant ses commandements afin de trouver en Lui cette unité tant désirée et qui doit être modelée sur l’unité trinitaire. Apprenons à voir en chaque chrétien, en chacun qui s’appelle du nom du Christ, un christophore, un porteur du Christ de par son baptême, et par dessus tout, reconnaissons chaque être humain, indifféremment de sa race, de son sexe, de ses origines ethniques ou de ses convictions religieuses, comme créé à l’image de Dieu. C’est en pratiquant ainsi la charité que nous nous clamerons comme vraiment du Christ et que le monde nous reconnaîtra en vérité comme ses disciples et que nous progresserons vers le rétablissement de la pleine communion eucharistique tant désirée entre nos Églises. Qu’en cela nous aide la Trinité une, sainte, consubstantielle et indivisible, le Père, et le Fils, et le Saint-Esprit, au nom de qui nous avons été baptisés, et à qui revient honneur, louange et adoration dans les siècles des siècles. Amen. »

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