Discours catéchétique de Sa Sainteté le Patriarche Oecuménique Bartholomée en ouverture du Saint et Grand Carême

(JPEG)A l’occasion de l’entrée dans le Saint et Grand Carême, Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholomée Ier a adressé à l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale le discours catéchétique suivant, dont le clergé est invité à donner lecture demain dimanche, lors de la divine liturgie :

† BARTHOLOMAIOS PAR LA GRÂCE DE DIEU ARCHEVÊQUE DE CONSTANTINOPLE-NOUVELLE ROME ET PATRIARCHE ŒCUMÉNIQUE À TOUT LE PLÉRÔME DE L’ÉGLISE QUE LA GRÂCE ET LA PAIX DE NOTRE SEIGNEUR ET SAUVEUR JÉSUS CHRIST, AINSI QUE NOTRE PRIÈRE, BÉNÉDICTION ET ABSOLUTION SOIENT AVEC VOUS

« Voici maintenant le moment tout à fait favorable. Voici maintenant le jour du salut. » (II Co 6, 2.)

Frères et sœurs, enfants bien-aimés dans le Seigneur, Notre Église orthodoxe nous recommande, en cette période, de nous intéresser à la vraie pénitence, « le creuset du péché » . La pénitence et le premier sujet de la prédication de notre Seigneur Jésus Christ, la quintessence de la doctrine chrétienne. C’est l’appel quotidien que l’Église nous adresse à tous.

En dépit de cela, nous sommes nombreux parmi les chrétiens à ne pas avoir véritablement vécu la pénitence. Parfois nous considérons qu’elle ne nous concerne pas personnellement, faute de nous ressaisir, de reprendre conscience et de réaliser d’avoir commis quelque péché. Toutefois, comme nous l’enseigne le maître de la vie spirituelle l’abbé Isaac le Syrien et comme la plupart des Pères de notre Église dogmatisent empiriquement : « la pénitence est indispensable même à ceux qui sont parfaits ». Et ceci, car faire pénitence n’est pas seulement regretter nos péchés, et son corollaire, décider de ne pas les répéter. C’est surtout changer nos conceptions au mieux, en sorte qu’il y ait une amélioration constante de nos idées sur Dieu et le monde, une croissance de l’amour et de l’humilité, de la purification et de la paix.

Dans ce sens, la pénitence est un progrès sans fin vers la perfection de Dieu, vers laquelle nous devons tendre et nous engager continuellement. Et puisque la perfection de Dieu est infinie, notre marche vers la ressemblance est aussi infinie et interminable. Il y a toujours un niveau de perfection supérieur à celui atteint à chaque fois et c’est pourquoi il faut toujours chercher notre progrès spirituel et notre transfiguration, comme nous exhorte l’apôtre Paul, monté au troisième ciel et ayant contemplé les mystères : « Et nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, avec une gloire toujours plus grande par le Seigneur, qui est Esprit ».

Tant notre for intérieur est purifié, tant notre œil spirituel clarifié, tant nous voyons nous-mêmes et toute chose plus clairement, et ce changement, cette amélioration dans la façon de considérer les choses du monde et notre état spirituel constitue une pénitence ; autrement dit, un état de notre esprit, plus jeune et meilleur que celui dans lequel nous étions jusqu’à présent. Dans se sens, la pénitence est la condition fondamentale pour progresser spirituellement et atteindre la ressemblance de notre existence à Dieu.

Certes, pour être réelle, la pénitence doit être accompagnée de fruits correspondants, notamment le fait de pardonner à nos semblables et faire des œuvres de bienfaisance envers eux. L’élan vers le prochain dû à l’amour de notre cœur destiné à l’accepter et à pourvoir à ses besoins dans la mesure du possible, constitue un élément fondamental de la pénitence sincère. D’ailleurs, la voie du repentir consiste à condamner les péchés et les confesser, à ne pas garder rancune, à prier avec ferveur, à faire preuve de miséricorde, d’humilité, d’amour envers tout le monde, à remporter la victoire sur le mal, à éviter la vanité et la futilité qui se flétrissent instantanément.

La lutte du repentir livrée dans l’âme est révélée dans « la différence du Pharisien et Publicain » et nous invite à « détester la voix hautaine du Pharisien, et du Publicain à imiter la prière pleine de componction, en priant le Seigneur dans les larmes : Pardonne, Seigneur aux pécheurs que nous sommes, ô Dieu, aie pitié de nous ».

La période du saint et grand Carême qui commence se prête, au milieu de la crise économique qui sévit au niveau mondial, à manifester notre aide matérielle et spirituelle à notre semblable. Ainsi, en agissant avec charité et en manifestant concrètement notre conversion, depuis la considération individualiste de la vie à l’instar du Pharisien, vers une considération collective et altruiste, à l’instar du Publicain, nous aurons fait une grande et très profitable pénitence, changeant notre conception individualiste et nous aurons vécue le repentir pour avoir observé une attitude de vie fondamentalement erronée, en renonçant au péché de l’égocentrisme et de la vanité pour la vertu de l’amour du prochain « en imitant l’humilité du Publicain réclamant le pardon ».

Depuis le siège patriarcal de Jean Chrysostome, le héraut et le docteur empirique de la pénitence, nous entrons dans cette période salvatrice de purification du cœur et de l’esprit, pour accueillir la Passion, la Croix, la Mise au tombeau et la Résurrection de notre Seigneur, non pas symboliquement et en paroles, mais réellement et empiriquement ; avec lui, à travers le temps, moi le moindre de ses successeurs, exhorte, prie et supplie : « La pénitence a pour effet de nous faire dépouiller le vieil homme et de faire des hommes nouveaux de ceux qui étaient retombés dans leurs anciens péchés ; mais elle ne peut rendre à l’homme ce premier éclat qui est uniquement l’ouvrage de la grâce » .

Voici donc, frères et enfants, devant nous s’ouvre un temps propice « au regret » et une étape de conversion et d’ascèse. « Profitons de ce que nous sommes encore dans le stade, de ce que c’est le temps de la lutte, et, avant que les spectateurs se séparent, inquiétons-nous de notre salut » , en nous repentant vraiment et empiriquement de tout : « Nous avons péché, nous avons commis l’iniquité, nous avons fait des actions perverses, nous n’avons rien fait comme [le Seigneur] nous l’a commandé » , afin que Christ notre Dieu « qui est partout présent et qui remplit tout » nous épargne, selon Sa grande et insondable miséricorde, Dont la Grâce soit avec vous tous.

Saint et Grand Carême 2014 † Bartholomaios de Constantinople fervent intercesseur devant Dieu de vous tous.

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