Fête onomastique du Patriarche œcuménique

(JPEG)Le 9 juin 2014, Son Eminence l’Archevêque Job de Telmessos s’est rendu à Constantinople afin de participer à la célébration de la fête onomastique de Sa Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée. Il était accompagné à cette occasion de l’Archiprêtre Eugène Czapiuk, vice-président du Conseil de l’Archevêché, du Prêtre Mark McBeth, d’Ecosse, de M. Serge Runge, secrétaire du Conseil de l’Archevêché, de l’Académicien Nicolas Grimal et son épouse, Mme Nathalie Grimal, et de Mme Gilberte Beaux.

Le 10 juin, après la célébration des vêpres de la fête des saints apôtres Barnabé et Bartholomée au monastère de la Source Porteuse de Vie à Baloukli (Constantinople), Sa Sainteté a présidé une litie pour les défunts à la mémoire du hiéromoine Bartholomée de Koutloumousiou, puis a conféré la dignité d’Archonte Protonotaire à l’Académicien Nicolas Grimal, de la paroisse de la Sainte-Trinité à Paris (crypte de la cathédrale). A cette occasion, le patriarche œcuménique a prononcé l’allocution suivante :

« Par la foi, Moïse, étant devenu grand, refusa d’être appelé fils de la fille du Pharaon, choisissant plutôt d’être dans l’affliction avec le peuple de Dieu, que de jouir pour un temps des délices du péché, estimant l’opprobre du Christ un plus grand trésor que les richesses de l’Égypte » (Hébreux 11, 24-26).

Monsieur l’Académicien, Cher Professeur Grimal,

Combien ces paroles de l’Épître aux Hébreux sont appropriées pour faire aujourd’hui votre éloge ! Car, si celui qui jouissait de l’héritage du Pharaon préféra écouter l’appel de Dieu qui d’Égypte voulait faire sortir son peuple vers la Terre Promise, préfigurant ainsi le Christ, notre Pâque, qui nous fait passer « de la mort à la vie, de la terre jusqu’au ciel », de même vous, tout en étant un égyptologue de renom, n’avez nullement négligé de contribuer au bien de la Sainte et Grande Église du Christ.

Sans doute votre père, l’illustre Académicien Pierre Grimal, spécialiste de l’Antiquité greco-latine, a-t-il suscité en vous, dès votre plus tendre enfance, l’amour de la science, des lettres classiques et de l’Égypte antique. De professeur d’égyptologie à la Sorbonne, votre carrière universitaire vous a amené à diriger l’Institut français d’archéologie orientale au Caire, puis à occuper la chaire d’égyptologie au Collège de France, et enfin, comme couronnement bien mérité de votre parcours scientifique, à siéger à l’Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres.

Cependant, en tant qu’orientaliste, ayant consacré tant de temps aux fouilles de Karnak, vous n’avez jamais oublié la prophétie d’Isaïe qu’un jour, « il y aura un autel dédié au Seigneur, au milieu du pays d’Égypte », et que « le Seigneur se fera connaître des Égyptiens, et les Égyptiens connaîtront le Seigneur » (Isaie 19, 19-21). Car l’Égypte que vous fréquentez n’est pas seulement celle des Pharaons, mais aussi celle où Dieu conclut sa première alliance avec son peuple en donnant les tables de la Loi au Sinaï, celle où séjourna notre Seigneur au début de sa vie terrestre, et celle des premiers monastères chrétiens qui fleurirent dans la vallée du Nil à l’ombre des pyramides. Il n’est donc pas surprenant que le Saint Monastère de Sainte Catherine au Mont Sinaï soit devenu pour vous une seconde maison, et que vous ayez reconnu en son higoumène, Son Éminence l’Archevêque Damianos, un véritable père spirituel.

Puisant du Christ la source d’eau vive comme jadis on puisait l’eau du Nil, vous ne cesser de contribuer au bien de nos monastères en France, au développement de notre Exarchat des paroisses de tradition russe en Europe occidentale et à l’accomplissement de la mission si importante de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain. C’est pourquoi, honorant non seulement votre brillante carrière scientifique, mais aussi votre personne, et à travers vous, tous les membres de votre famille - et particulièrement votre épouse Nathalie et votre belle-mère Gilberte avec qui vous collaborez étroitement et contribuez si généreusement au rayonnement du Trône œcuménique, nous avons la joie de vous conférer aujourd’hui le titre d’Archonte Protonotaire du Patriarcat œcuménique. Axios !

(JPEG)L’Archonte Protonotaire et Académicien Nicolas Grimal a répondu par le discours suivant :

Votre Sainteté, bénissez !

Je remercie Votre Sainteté du fond du cœur de cette haute dignité qu’Elle a décidé de me conférer. Je la remercie aussi d’avoir choisi ce jour si particulier : celui de la fête des Saints Apôtres Barnabé et Bartholomée, sous le vocable de qui Votre Sainteté a placé Sa vie spirituelle. Cette fête elle-même intervient le troisième jour après la descente de l’Esprit Saint, point de départ de la mission évangélique de Saint-Bartholomée.

Je suis très touché d’être associé ainsi, de façon si personnelle et symbolique, à l’engagement de Votre Sainteté sur le chemin de Lumière dans lequel Elle nous guide.

Permettez-moi de me tourner un instant vers Son Eminence Mgr Emmanuel, Métropolite de France, et vers notre bien-aimé Archevêque, Mgr Job de Telmessos, Exarque du Patriarcat Œcuménique. Je dois à leur bienveillance amicale d’être aujourd’hui devant Vous, dans le saint monastère de la Source porteuse de Vie.

Je ne vous cacherai pas ma surprise, lorsque Mgr. Job m’apprit votre décision, - qu’il assortit immédiatement d’un « axios ! », qui ne me laissa d’autre choix que d’accepter avec reconnaissance et humilité un titre, dont je suis probablement le dernier à me juger digne. Je me suis alors remémoré la visite de Votre Sainteté à Paris et les lumineux entretiens publics et privés dont Vous nous avez honorés. Tous nous ont apporté le message d’amour œcuménique, d’ouverture et de compréhension de l’autre, dont Vos dernières rencontres en Terre Sainte ont témoigné aux yeux de toute la chrétienté, une fois de plus et avec quel éclat !

La force de l’élan que Vous leur donnez ne peut qu’entraîner les fidèles qui suivent Vos enseignements. Votre dernier livre, récemment paru en France dans la belle traduction de l’anglais que nous devons à Mgr Job, sous le titre À la rencontre du Mystère. Comprendre le christianisme orthodoxe aujourd’hui, nous donne des clés pour affronter les grandes questions qui agitent notre monde d’aujourd’hui : la tolérance face au fondamentalisme, la justice sociale, la lutte contre la pauvreté et l’inégalité, le racisme et la guerre, mais aussi, et surtout, ce qui vous tient peut-être le plus à cœur, le respect de la création. Vous nous rappelez qu’avant de concerner les hommes politiques elles sont l’affaire de l’Homme tout court, c’est-à-dire des croyants que nous sommes.

C’est dans cet esprit que je comprends ce que nous sommes en train de vivre dans cette belle cérémonie. C’est n’est pas en effet, ma personne - bien indigne de prétendre s’élever seule à cette hauteur -, mais plutôt la communauté dont je suis issu que Vous avez choisi de distinguer en l’associant à Votre Patriarcat.

Je ne suis, en effet, ni russe, ni grec, mais l’un de ces fidèles de France, venus à l’orthodoxie, non par tradition culturelle, mais parce qu’ils ont reçu la grâce d’en percevoir la beauté et la profondeur universelles, ne fût-ce qu’un instant. Cet instant suffit pour espérer rester dans cette plénitude. Cette grâce, nous la partageons tous. Mais puisse Votre Sainteté me permettre de dire ici que je me sens avant tout ce soir, dans cette belle cérémonie, l’un des membres de notre paroisse de la Sainte-Trinité, si riche de ses diversités culturelles et ethniques et unie par une foi profonde dans l’Esprit Saint sous la sage autorité de notre Protopresbytre, le Père Alexis, et des Pères René et Élisée.

Cette union et cette ferveur ont été longtemps renforcées par le rayonnement du Père Boris Bobrinskoy, mon Père spirituel, pour qui j’ai ce soir une pensée reconnaissante et filiale, à laquelle j’associe ma seconde mère, Gilberte Beaux, et mon épouse Nathalie.

L’historien sait que l’on ne reconstruit pas les empires disparus, si glorieux et puissants qu’ils aient été. L’on se doit toutefois de garder ce qui en fit la grandeur et de faire prospérer l’héritage qu’ils nous ont laissé. Les archontes d’aujourd’hui - à supposer qu’il en existe en dehors de l’orthodoxie - ne détiennent pas d’autorité publique, pas plus que les protonotaires. Il reste l’honneur attaché à une fonction jadis impériale.

Mais l’honneur lui-même n’est rien s’il n’est pas source vive.

Aussi, s’il n’est plus de provinces à gouverner ni d’édits impériaux à promulguer, la plus belle des tâches nous incombe toujours aujourd’hui et plus que jamais : celle de suivre ce chemin que Vous tracez pour nous, d’une orthodoxie œcuménique, animée par l’Esprit Saint, aussi tolérante en son sein propre qu’avec les autres communautés. À chacun de nous de s’y attacher, avec les moyens et les compétences dont il dispose. Les miennes sont bien modestes, mais, si petit que soit mon apport, je m’efforcerai qu’il soit, avec la grâce de Dieu et Votre bénédiction, toujours fidèle à cet idéal d’ouverture à l’autre et de compréhension mutuelles dans le creuset vivifiant des valeurs de l’orthodoxie.

Une réception a suivi dans les jardins du monastère.

Le lendemain, Sa Sainteté le Patriarche œcuménique a présidé au trône la Divine Liturgie de sa fête onomastique en l’église patriarcale Saint-Georges du Phanar, en présence d’une trentaine d’évêques du Patriarcat œcuménique venus du monde entier, du représentant du Patriarcat de Jérusalem et d’une délégation de l’Église de Russie, avec à sa tête le Métropolite Jean de Belgorod qui a transmis un message et les salutations de Sa Sainteté le Patriarche Cyrille de Moscou. Un déjeuner a ensuite été offert dans un restaurant de la ville, au bord du Bosphore.

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