Déclaration commune du Pape et du Patriarche œcuménique

Les 29 et 30 novembre 2014, Sa Sainteté le Pape François s’est rendu en visite officielle au siège du Patriarcat œcuménique où il a été reçu par Sa Sainteté le Patriarche œcuménique Bartholomée, à l’occasion de la fête de Saint André, fête patronale du Trône œcuménique. A l’occasion de cette visite, les deux Primats ont signé la déclaration commune suivante :

(JPEG)Nous, le Pape François et le Patriarche œcuménique Bartholomée Ier, exprimons notre profonde gratitude à Dieu pour le don de cette nouvelle rencontre qu’il nous accorde, en présence des membres du Saint Synode, du clergé et des fidèles du Patriarcat œcuménique, de célébrer ensemble la fête de saint André, le premier appelé et le frère de l’Apôtre Pierre. Faire mémoire des Apôtres, qui proclamèrent la bonne nouvelle de l’Évangile au monde, renforce en nous le désir de continuer à cheminer ensemble dans le but de dépasser, avec amour et confiance, les obstacles qui nous divisent.

Lors de la rencontre à Jérusalem de mai dernier, au cours de laquelle nous avons rappelé l’accolade historique entre nos vénérables prédécesseurs, le Pape Paul VI et le Patriarche œcuménique Athenagoras, nous avons signé une déclaration conjointe. Aujourd’hui, en l’heureuse occasion d’une nouvelle rencontre fraternelle, nous voulons réaffirmer ensemble nos intentions et nos préoccupations communes.

Nous exprimons notre sincère et ferme intention, dans l’obéissance à la volonté de Notre Seigneur Jésus Christ, d’intensifier nos efforts pour la promotion de la pleine unité entre tous les chrétiens et surtout entre catholiques et orthodoxes. Nous voulons de plus, soutenir le dialogue théologique promu par la Commission mixte internationale, qui, instituée il y a exactement 35 ans par le Patriarche œcuménique Dimitrios et par le Pape Jean-Paul II, ici, au Phanar, traite actuellement les questions plus difficiles qui ont marqué l’histoire de nos divisions et qui demandent une étude attentive et approfondie. Dans ce but, nous assurons de notre prière fervente comme Pasteurs de l’Église, demandant aux fidèles de s’unir à nous dans l’invocation commune que « tous soient un... afin que le monde croie » (Jn 17, 21). Nous exprimons notre préoccupation commune pour la situation en Irak, en Syrie et dans tout le Moyen-Orient. Nous sommes unis dans le désir de paix et de stabilité et dans la volonté de promouvoir la résolution des conflits par le dialogue et la réconciliation. Reconnaissant les efforts déjà faits pour offrir une assistance à la région, nous en appelons en même temps à tous ceux qui ont la responsabilité du destin des peuples afin qu’ils intensifient leur engagement pour les communautés qui souffrent et leur permettent, y compris aux communautés chrétiennes, de rester sur leur terre natale. Nous ne pouvons pas nous résigner à un Moyen-Orient sans les chrétiens qui y ont professé le nom de Jésus pendant deux mille ans. Beaucoup de nos frères et de nos sœurs sont persécutés et ont été contraints par la violence à laisser leur maisons. Il semble vraiment que la valeur de la vie humaine se soit perdue et que la personne humaine n’aie plus d’importance et puisse être sacrifiée à d’autres intérêts. Et tout cela, tragiquement, rencontre l’indifférence de beaucoup. Comme nous le rappelle saint Paul : « Un membre souffre-t-il ? tous les membres souffrent avec lui. Un membre est-il à l’honneur ? tous les membre se réjouissent avec lui » (1 Co 12, 26). C’est la loi de la vie chrétienne et en ce sens nous pouvons dire qu’il y a aussi un œcuménisme de la souffrance. Comme le sang des martyrs a été semence de force et de fécondité pour l’Église, ainsi le partage des souffrances quotidiennes peut être aussi un instrument efficace d’unité. La terrible situation des chrétiens et de tous ceux qui souffrent au Moyen-Orient demande non seulement une prière constante, mais aussi une réponse appropriée de la part de la communauté internationale.

Les grands défis que le monde a devant lui dans la situation actuelle demandent la solidarité de toutes les personnes de bonne volonté. Nous reconnaissons donc aussi l’importance de la promotion d’un dialogue constructif avec l’Islam, basé sur le respect mutuel et sur l’amitié. Inspirés par des valeurs communes et affermis par un authentique sentiment fraternel, musulmans et chrétiens sont appelés à travailler ensemble par amour de la justice, de la paix et du respect de la dignité et des droits de chaque personne, spécialement dans les régions où eux-mêmes, un temps, vécurent pendant des siècles dans une coexistence pacifique et maintenant souffrent ensemble tragiquement des horreurs de la guerre. De plus, comme leaders chrétiens, nous exhortons tous les leaders religieux à poursuivre et à renforcer le dialogue interreligieux et à accomplir tout effort pour construire une culture de paix et de solidarité entre les personnes et entre les peuples.

Nous nous souvenons aussi de tous les peuples qui souffrent à cause de la guerre. En particulier, nous prions pour la paix en Ukraine, un pays d’antique tradition chrétienne, et nous lançons un appel aux parties engagées dans le conflit à rechercher le chemin du dialogue et du respect du droit international pour mettre fin au conflit et permettre à tous les Ukrainiens de vivre en harmonie.

Nos pensées sont tournées vers tous les fidèles de nos Églises dans le monde, que nous saluons, les confiant au Christ notre Sauveur, afin qu’ils puissent être des témoins infatigables de l’amour de Dieu. Nous faisons monter notre prière fervente vers Dieu pour qu’il accorde le don de la paix, dans l’amour et dans l’unité, à toute la famille humaine.

« Que le Seigneur de la paix vous donne lui-même la paix en tout temps et de toute manière. Que le Seigneur soit avec vous tous » (2 Th 3, 16).

Du Phanar, le 30 novembre 2014.


(JPEG)We, Pope Francis and Ecumenical Patriarch Bartholomew I, express our profound gratitude to God for the gift of this new encounter enabling us, in the presence of the members of the Holy Synod, the clergy and the faithful of the Ecumenical Patriarchate, to celebrate together the feast of Saint Andrew, the first-called and brother of the Apostle Peter. Our remembrance of the Apostles, who proclaimed the good news of the Gospel to the world through their preaching and their witness of martyrdom, strengthens in us the aspiration to continue to walk together in order to overcome, in love and in truth, the obstacles that divide us.

On the occasion of our meeting in Jerusalem last May, in which we remembered the historical embrace of our venerable predecessors Pope Paul VI and the Ecumenical Patriarch Athenagoras, we signed a joint declaration. Today on the happy occasion of this further fraternal encounter, we wish to re-affirm together our shared intentions and concerns.

We express our sincere and firm resolution, in obedience to the will of our Lord Jesus Christ, to intensify our efforts to promote the full unity of all Christians, and above all between Catholics and Orthodox. As well, we intend to support the theological dialogue promoted by the Joint International Commission, instituted exactly thirty-five years ago by the Ecumenical Patriarch Dimitrios and Pope John Paul II here at the Phanar, and which is currently dealing with the most difficult questions that have marked the history of our division and that require careful and detailed study. To this end, we offer the assurance of our fervent prayer as Pastors of the Church, asking our faithful to join us in praying "that all may be one, that the world may believe" (Jn 17:21).

We express our common concern for the current situation in Iraq, Syria and the whole Middle East. We are united in the desire for peace and stability and in the will to promote the resolution of conflicts through dialogue and reconciliation. While recognizing the efforts already being made to offer assistance to the region, at the same time, we call on all those who bear responsibility for the destiny of peoples to deepen their commitment to suffering communities, and to enable them, including the Christian ones, to remain in their native land. We cannot resign ourselves to a Middle East without Christians, who have professed the name of Jesus there for two thousand years. Many of our brothers and sisters are being persecuted and have been forced violently from their homes. It even seems that the value of human life has been lost, that the human person no longer matters and may be sacrificed to other interests. And, tragically, all this is met by the indifference of many. As Saint Paul reminds us, "If one member suffers, all suffer together ; if one member is honoured, all rejoice together" (1 Cor 12:26). This is the law of the Christian life, and in this sense we can say that there is also an ecumenism of suffering. Just as the blood of the martyrs was a seed of strength and fertility for the Church, so too the sharing of daily sufferings can become an effective instrument of unity. The terrible situation of Christians and all those who are suffering in the Middle East calls not only for our constant prayer, but also for an appropriate response on the part of the international community.

The grave challenges facing the world in the present situation require the solidarity of all people of good will, and so we also recognize the importance of promoting a constructive dialogue with Islam based on mutual respect and friendship. Inspired by common values and strengthened by genuine fraternal sentiments, Muslims and Christians are called to work together for the sake of justice, peace and respect for the dignity and rights of every person, especially in those regions where they once lived for centuries in peaceful coexistence and now tragically suffer together the horrors of war. Moreover, as Christian leaders, we call on all religious leaders to pursue and to strengthen interreligious dialogue and to make every effort to build a culture of peace and solidarity between persons and between peoples. We also remember all the people who experience the sufferings of war. In particular, we pray for peace in Ukraine, a country of ancient Christian tradition, while we call upon all parties involved to pursue the path of dialogue and of respect for international law in order to bring an end to the conflict and allow all Ukrainians to live in harmony.

Our thoughts turn to all the faithful of our Churches throughout the world, whom we greet, entrusting them to Christ our Saviour, that they may be untiring witnesses to the love of God. We raise our fervent prayer that the Lord may grant the gift of peace in love and unity to the entire human family.

"May the Lord of peace himself give you peace at all times and in every way. The Lord be with all of you" (2 Thess 3:16).

From the Phanar, 30 November 2014

Retour haut de page
SPIP