Lettre pastorale de l’Archevêque Job de Telmessos

Lettre pastorale

de Son Éminence l’Archevêque Job de Telmessos,

Exarque du Patriarche œcuménique,

au clergé, aux moines et aux fidèles

de l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale

« Je tu il elle nous sommes Chrétiens orthodoxes »

Chers Pères, Frères et Sœurs bien aimés en Christ,

L’année 2015 a débuté par des événements qui ont suscité une vive inquiétude non seulement en France, mais aussi dans le monde entier. En effet, les attentats terroristes qui ont visé à Paris un magazine satirique et un supermarché ont mis sur la sellette aussi bien les questions de liberté d’expression que celles de l’antisémitisme, de l’intégrisme, du fondamentalisme, du conservatisme et du sectarisme.

Il est évident que nous Chrétiens, ne pouvons aucunement justifier tout acte de violence. Comme l’a rappelé à de nombreuses reprises notre Patriarche œcuménique Bartholomée, en reprenant les mots de la Déclaration de Berne de 1992 et de la Déclaration du Bosphore de 1994, « un crime commis au nom de la religion est un crime contre la religion » et que « la guerre au nom de la religion est une guerre contre la religion ». Nous sommes Chrétiens, et pour cette raison, nous reconnaissons en tout homme, - indépendamment de sa race, de son sexe, de ses opinions politiques et de ses convictions religieuses, - notre frère, car créé à l’image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26).

Pour cette raison, nous Chrétiens, ne pouvons davantage justifier d’aucune manière le blasphème, car nous aimons Dieu et notre prochain comme nous même (Mt 22, 37-39). D’ailleurs, chacun sait très bien, par sa propre expérience, que la liberté de chacun s’arrête là où commence la liberté d’autrui.

Le problème de l’intégrisme, qu’il soit religieux ou laïc, est toujours lié à celui de l’ignorance. Toute personne qui ne connaît pas suffisamment bien sa propre foi, et a fortiori qui ignore celle des autres, se positionne le plus souvent en victime, voyant chez l’autre une menace, et devient vulnérable à des manipulations de groupe qui la mènent vers le fanatisme et le sectarisme. C’est pourquoi, dans la lutte contre l’intégrisme et le fanatisme, l’enseignement religieux est d’une extrême importance.

Nous, Chrétiens qui plus est de tradition orthodoxe, avons la chance d’être guidés par l’Ecriture Sainte, par la Tradition de l’Église et par des pasteurs dont l’autorité provient de Dieu, qui ne cherchent pas à répondre à leurs intérêts personnels ni à une idéologie quelconque, mais qui nous mènent par leur charisme d’enseignement de la foi orthodoxe vers notre salut en Jésus-Christ.

C’est précisément dans cet esprit, il y a un peu plus d’un an, que je débutais mon ministère en m’adressant à vous par une lettre pastorale le jour de mon ordination épiscopale, exprimant mon désir de vous rencontrer tous personnellement et vous invitant tous à maintenir l’unité du corps ecclésial, comme « un seul troupeau » sous « un seul pasteur » (Jn 10, 16).

Depuis, j’ai sillonné le vaste ensemble de notre exarchat patriarcal, en visitant en une année, au moins une fois, 31 paroisses et monastères, en célébrant 145 Divines Liturgies, en rencontrant le clergé et les fidèles lors des visites paroissiales, réunions des doyennés ou en les recevant personnellement à mon bureau, et en organisant une réunion pastorale et une réunion des épouses de notre clergé. Lors de chacune de ces rencontres, j’ai essayé d’être autant que possible accessible à vous tous et sensible aux questions spirituelles, pastorales, économiques et administratives de vos paroisses. Je vous ai vus, entendus et compris.

Ainsi, je connais bien le troupeau spirituel qui m’a été confié. Chaque célébration liturgique, entouré de mon clergé et de mes fidèles, m’apporte un grand réconfort et une grande joie, car c’est précisément là que ce manifeste la vie de l’Église. Lors de celles-ci, j’ai pu observer l’enthousiasme et le grand potentiel dont témoigne votre foi, et le renouveau et le fleurissement de la vie de nos paroisses dont le nombre de fidèles ne cesse de grandir, ce qui me réjouit et m’encourage grandement à poursuivre mon œuvre pastorale.

De ce fait, je suis familier, mieux que quiconque, du rayonnement et du développement de l’ensemble de nos paroisses, chacune avec ses particularités propres, aussi bien que des problèmes et des besoins de notre exarchat patriarcal auxquels j’essaie de répondre, avec l’aide de Dieu, de mon mieux dans ma sollicitude pastorale et paternelle. A cet effet, pour répondre à la venue de nouveaux fidèles, j’ai eu la joie d’ordonner 7 nouveaux diacres et 3 prêtres avec une formation théologique, sur la recommandation des prêtres responsables et compétents.

Mon devoir m’a également conduit à commencer à découvrir peu à peu des dossiers malheureusement bien plus obscurs. Cela dérange, bouscule et inquiète les intérêts particuliers d’un groupuscule qui ne doit pas avoir de place dans l’Eglise mais qui - quelle tristesse ! - semble s’être constitué et, bien qu’infiniment minoritaire, tente d’exercer un véritable pouvoir de nuisance. Ce groupuscule d’intérêts particuliers tente d’introduire parmi nous des divisions en utilisant des méthodes d’esprit sectaire. Il n’a pas craint d’avoir recours à la déformation de la vérité, aux manipulations, à la calomnie, aux pressions psychologiques ni même aux attaques personnelles. Il va sans dire que votre Archevêque n’a pas peur des menaces car il est prêt à donner sa vie pour la vie de notre Église.

En tant que Chrétien et homme de paix, j’offre naturellement mon amour et mon pardon à tout pécheur qui se serait laissé égarer par l’égoïsme, l’orgueil ou l’ambition et qui, d’un cœur sincère, souhaiterait s’amender, corriger ses erreurs et mettre ses talents au service de l’œuvre commune de l’Eglise. Si par maladresse j’ai blessé certains d’entre vous dans mes décisions, je vous demande pardon, mais soyez assurés qu’il n’y avait ici rien de personnel, car elles ont été prises pour le bien de l’Eglise.

En tant que Chrétien et défenseur de notre Eglise orthodoxe, et que cela plaise ou non à ces agitateurs de mauvaise foi, je continuerai à prendre les décisions nécessaires pour le bien de vous tous et de l’ensemble de l’Eglise dont j’ai la charge en matière d’enseignement doctrinal et moral, d’administration et de gestion, de vie liturgique et de ministère pastoral conformément aux Saints canons et aux statuts de notre Archevêché. 

Dans l’exercice de mon ministère, je vous assure de mes prières pour vous tous et votre salut, et je vous invite en retour à prier pour moi, car j’ai besoin de vos prières, de votre soutien et de votre collaboration.

Que l’esprit d’humilité guide nos cœurs affligés en ce temps du Grand Carême afin que nous puissions tous témoigner, dans l’union et la paix du Christ, de l’espérance de la Bonne Nouvelle. Que Dieu vous bénisse tous !

+ Job, Archevêque de Telmessos,

Exarque du Patriarche œcuménique

Paris, Cathédrale Saint-Alexandre-de-la-Néva,

le 14 février 2015

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