Message de Son Eminence l’Archevêque Job de Telmessos

aux étudiants, aux enseignants et aux membres du Conseil d’administration de l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge

En cette année où notre Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge fête ses quatre-vingt-dix ans, je m’adresse à ses étudiants, ses enseignants et aux membres de son Conseil d’administration.

Notre Institut a été fondé par l’Eglise et pour l’Eglise. Il convient de rendre hommage pour cela à notre fondateur, le métropolite Euloge, de bienheureuse mémoire, qui dans ses mémoires raconte : « L’idée de la création d’un Institut de théologie ne me vint pas tout de suite. Au début, je ne savais pas s’il valait mieux ouvrir une école pastorale ou un Institut d’études supérieures de théologie. [...] Au terme de nos débats, je décidai d’ouvrir une école supérieure de théologie qui devait répondre à deux objectifs : poursuivre les traditions de nos académies de théologie, développer notre pensée et notre science théologique ; préparer des cadres, prêtres et laïcs, avec une bonne formation. [...] J’attachais une grande importance à la création de cet Institut, seule école théologique russe à l’étranger. [...] La création d’un Institut de théologie à Paris, dans ce centre important de la culture occidentale, culture non russe, mais ayant une base chrétienne, avait son importance. Cela impliquait pour cette école une ligne de conduite œcuménique dans l’approche de certains problèmes théoriques et dans les applications pratiques, afin que l’Orthodoxie ne soit plus enfouie sous le boisseau et devienne progressivement l’apanage de tous les chrétiens » (Métropolite Euloge, Le chemin de ma vie, Paris, 2005, p. 366-367).

L’année écoulée fut difficile pour la vie de notre Institut. Aux problèmes habituels, notamment économiques, de nouveaux se sont malheureusement rajoutés, à savoir des tendances à se couper de notre corps ecclésial.

Notre Institut connaît depuis longtemps des problèmes économiques et de gestion qui nuisent gravement à son fonctionnement. En outre, en tant qu’établissement de formation supérieure établi en France, il doit se conformer aux exigences de l’Etat français en ce qui concerne son niveau académique, les programmes d’études et la qualification de son corps enseignant. Cela ne concerne pas uniquement notre Institut, mais tous les établissements d’enseignement supérieur privés. Pour étudier tous ces problèmes, le Patriarcat œcuménique, dont dépend notre Exarchat, par la décision du Saint Synode du 31 juillet 2014 a constitué un Comité indépendant ad hoc. Ce Comité a commencé ses travaux en septembre 2014 et s’est adressé aux dirigeants de l’Institut pour jeter les bases d’une collaboration ayant comme but l’amélioration du fonctionnement de l’Institut. Malheureusement, les travaux du Comité ont été bloqués par l’administration de l’Institut. Contrairement au mandat confié à ce Comité par le Saint Synode, aucun dossier académique, financier et administratif n’a été soumis par l’administration de l’Institut. Alors qu’il était réuni le 3 février 2015 pour recevoir le Doyen de l’Institut, le Comité ad hoc a reçu au lieu de sa visite une lettre d’avocat au nom de l’administration de l’Institut qui réfutait toute possibilité de contrôle de l’Institut par l’Eglise.

L’avocat, Maître Michel de Guillenchmidt, affirme dans sa lettre que l’Institut est une entité entièrement indépendante au plan juridique et administratif et que le Saint Synode n’a aucun droit d’ordonner un quelconque contrôle sur l’Institut. Ces propos nous semblent infondés au regard de l’histoire de l’Institut. Notre Institut a été fondé par notre entité ecclésiale et sur son financement, avec comme but premier la formation des membres du clergé et des responsables laïcs de notre Eglise.

Dans mon message à la séance solennelle de l’Institut du 8 février 2015, je vous ai rappelé les prescriptions canoniques concernant l’enseignement théologique et les relations entre l’évêque et les établissements d’enseignement théologique. Notre Institut a été fondé, financé et placé sous la protection et l’autorité canonique de l’Exarque du Patriarche œcuménique. Je vous rappelle aussi que le premier président de « l’Association Institut Saint Serge » fut la tête de l’Exarchat, le métropolite Euloge de bienheureuse mémoire. En outre, le Tomos Patriarcal de 1999, dans son § 8, stipule que « L’Institut de Théologie Orthodoxe Russe Saint-Serge constitue un élément inséparable de cet Exarchat Patriarcal et se trouve, par conséquent, sous la tutelle immédiate de l’Archevêque qui est à la tête de l’Exarchat ». Les statuts de notre Exarchat, dans les articles 16, 20, 26, 46, 47 et 49, mentionnent l’Institut comme faisant partie de l’Exarchat. Notamment les articles 16 et 20 traitent de la participation des représentants de l’Institut dans la vie commune de l’Exarchat, et plus précisément en tant que participants à l’assemblé générale de l’Exarchat, tandis que l’article 26 dans le § 12 stipule que l’Assemblée Générale Ordinaire : « examine et discute le compte rendu de l’Institut de théologie orthodoxe ». L’article 46 § 10 stipule que l’Archevêque « confirme à son poste le doyen de l’Institut de théologie orthodoxe » et l’article 49 affirme que « toute décision des institutions de l’Archevêché (...) et de l’Institut de Théologie (Conseil d’Administration et Conseil des Professeurs) mettant en cause la pérennité de l’Archevêché, de ses institutions et de ses biens immobiliers (...) ne peuvent être validés sans avoir été approuvées par l’Archevêque ».

Dans la déclaration diffusée récemment par l’Institut sans aucune signature et qui choqua même certains enseignants de l’Institut, ainsi qu’un grand nombre de ses amis et bienfaiteurs, on trouve, entre autres, des attaques directes contre votre hiérarque. Il faut rappeler ici que les agissements « séparatistes » ont commencé bien avant mon élection en tant que tête de l’Exarchat. Tous mes appels à l’ordre ont provoqué des réactions surdimensionnées, qui ont abouti à l’interruption des cours à l’Institut au prétexte des problèmes dont votre Archevêque serait l’unique responsable. J’aimerais vous dire à tous que jamais il n’a été dans l’intention du Patriarcat œcuménique, ni de moi-même personnellement, de fermer l’Institut, ni d’interrompre son fonctionnement. La décision de suspendre l’enseignement pour l’année académique 2015-2016 a été prise unilatéralement par le Conseil des enseignants de l’Institut réunis en mon absence le 12 juin 2015 sans aucune concertation avec qui que ce soit.

La déclaration de l’Institut affirme ensuite que ce dernier est devenu panorthodoxe. Il est vrai que notre l’Institut a une mission panorthodoxe, mais cela non pas de par son statut spécifique, mais grâce à sa renommée panorthodoxe, due à la qualité de son enseignement, et grâce à la réputation panorthodoxe des ses enseignants. Sa renommée lui a apporté de nombreux étudiants des différentes Eglises orthodoxes. Mais, entre temps, de nombreux autres établissements d’enseignement supérieur recevant des étudiants orthodoxes venant du monde entier, sont eux aussi devenus panorthodoxes, et cela n’est pas seulement le cas des établissements orthodoxes, mais aussi des établissements d’autres confessions, mais qui ont tous une place organique dans leur structure ecclésiale respective.

Par ailleurs, le texte de la déclaration de l’Institut met en avant, encore une fois, des arguments d’ordre juridique tirés du droit civil pour défendre l’indépendance de l’Institut face à l’autorité ecclésiale ; il ne saurait en trouver dans le droit canon, car il n’y en a pas. Je vous rappelle une fois de plus que l’Eglise orthodoxe, tout en respectant le droit civil de l’Etat où elle est établie, vit et régit ses affaires internes d’après les saints canons de l’Eglise.

Ayant statutairement la responsabilité canonique de l’Institut, je vous appelle de nouveau au dialogue et au respect de l’enseignement de l’Eglise orthodoxe et de ses saints canons.

Je félicite le nouveau président et les nouveaux membres du Conseil d’administration de l’Institut pour leur élection, bien que je n’aie pas été convié à l’assemblée générale ni informé officiellement de la nouvelle composition de ce Conseil. Je les invite à travailler avec les enseignants et moi-même pour le bien et non pour le mal, pour construire et non pas détruire, en demeurant fidèles à l’héritage que nous ont légué les fondateurs de l’Institut, en respectant les enseignements de notre Eglise et son ordre canonique, afin non seulement de maintenir la renommée de notre Institut, mais que celui-ci puisse encore porter aujourd’hui de bons fruits à notre Eglise : des pasteurs et des théologiens de qualité au service de Dieu et son Eglise. J’espère ainsi que les responsables de l’Institut, ses enseignants et les membres du Conseil d’administration, emploieront toute leur énergie à sauvegarder notre Institut et sa réputation, pour qu’il ne devienne pas « la stupéfaction, la fable et la risée de tous les peuples » (Deutéronome 28,37).

+ Archevêque Job de Telmessos, Exarque du Patriarche œcuménique, Recteur de l’Institut de Théologie Orthodoxe Saint-Serge

Paris, le 30 juin 2015

Retour haut de page
SPIP