Le caractère pastoral des saints canons

LE CARACTERE PASTORAL DES SAINTS CANONS

Professeur Vlassios Phidas

1. La mission spirituelle de l’Eglise est liée indissolublement à l’expérience authentique du mystère de la divine économie en Christ, vécue dans le corps ecclésiastique avec la confession de la foi transmise par le fondateur divin de l’Eglise et avec la participation à toute sa vie sacramentelle. Le garant de cette liaison indissoluble est l’énergie mystique du Saint Esprit dans tout le corps de l’Eglise, assurée constamment par la succession apostolique de la foi et de l’ordre ininterrompu au sein de l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique, comme aussi de toutes les Eglises locales, du ministère apostolique de l’épiscopat assuré par leurs successeurs.

Cette conscience ecclésiale a comme principe constitutionnel le Christ Lui-même par le choix qu’il fit des apôtres et l’autorité qu’il leur confia afin de prêcher l’Evangile, qui témoigne du salut en Christ parmi toutes les nations de l’œcoumène, sous la conduite du Saint Esprit, envoyé le jour de la Pentecôte. Cet Évangile a été prêché par les apôtres et par leurs successeurs, tant en parole que dans la pratique durant la période apostolique et post-apostolique, avec une argumentation et une conséquence théologiques tout-à-fait impressionnantes (Didaché, Clément de Rome, Ignace le Théophore, Polycarpe de Smyrne, Justin le martyr, Irénée de Lyon, Hippolyte de Rome etc.). Ainsi, le lien commun de la tradition apostolique et post-apostolique est la liaison indissoluble de la confession de foi avec la vie sacramentelle de l’Eglise, car, d’une part, la confession de foi analyse la profondeur théologique de la vie sacramentelle et, d’autre part, la vie sacramentelle incarne la confession de foi.

En ce sens, Irénée de Lyon refusait les sacrements des hérétiques gnostiques en tant qu’opposés tant à la tradition apostolique authentique qu’à leurs propres enseignements hérétiques. C’est pour cela que, d’une part il enseignait que dans l’Eglise ‘l’enseignement de la foi est en accord avec l’eucharistie et l’eucharistie confirme l’enseignement’ ; d’autre part, il exhortait les hérétiques soit à changer leur enseignement soit à cesser de célébrer des sacrements (Adv. Haer. IV, 18, 5). Cette conscience ecclésiale commune de l’interpénétration de la confession de foi avec l’expérience sacramentelle dans la vie spirituelle des fidèles demeura le critère commun, stable, absolu et invariable tant dans la vie ecclésiale des trois premiers siècles que dans la tradition canonique postérieure de la période des Conciles œcuméniques.

Dans ce cadre ecclésiastique établi depuis l’époque apostolique, toute déviation grave des fidèles (clercs, moines ou laïcs) sur des questions de foi, d’ordre canonique ou de mœurs chrétiennes, était traitée lors des trois premiers siècles selon les critères coutumiers de la vie ecclésiale dans chaque Eglise locale. Cependant, lors de la période des Conciles œcuméniques l’évolution du système administratif de l’Eglise (système métropolitain, exarchal, patriarcal) a imposé la procédure d’une résolution synodale de chaque grave déviation, formulée en canons relatifs courts pour la prévention ou la résolution des mêmes déviations à un niveau plus étendu de région. Cependant, la base commune des critères coutumiers et synodaux était toujours les principes diachroniques de la conscience ecclésiale, toujours dérivés de la tradition apostolique.

Cette tradition avait comme principes fondamentaux, interdépendants et constitutionnels la confession orthodoxe de la foi transmise par les apôtres et l’expérience sacramentelle du corps ecclésial qui en dérive. Donc, l’unité d’esprit est évidente pendant les deux périodes de la tradition canonique, c’est-à-dire coutumière et synodale, car la source commune des deux périodes est la conscience ecclésiale diachronique pour la mission pastorale de l’Eglise dans l’histoire du salut. Par conséquent, le caractère proprement pastoral des saints canons est indiscutable, car tous les saints canons tant des Conciles œcuméniques et locaux que des Pères éminents de l’Eglise, qui ont été ratifiés par le concile Quinisexte (691), couvrent de larges domaines de la mission spirituelle de l’Eglise, de son organisation administrative, de l’ordre canonique, de l’expérience liturgique et de la vie morale de tous les membres du corps ecclésial (clercs, moines, ou laïcs).

Les questions importantes de nature de foi ou d’ordre canonique (hérésie, schisme, para-synagogue etc.) ont été résolues par des Conciles œcuméniques ou majeurs et aussi par des écrits pastoraux, rédigés sous la forme de lettre par d’éminents Pères de l’Eglise, qui ont enrichi la thématique pastorale de la tradition canonique et ont mis en évidence non seulement la multitude des confusions spirituels des fidèles (clercs, moines ou laïcs), mais aussi le principe de la discrétion pastorale pendant l’application des interventions spirituelles thérapeutiques. En ce sens, la sélection des canons parmi les traités pastoraux des Pères de l’Eglise ont donné aux canons des Conciles œcuméniques et locaux non seulement la profondeur théologique de la voie de la repentance, mais aussi l’échelon spirituel des épreuves ascétiques des fidèles.

Ainsi, tous les saints canons et leur application dans l’acte ecclésiale définissent suivant une analyse théologique ultime la relation spécifique de tous les fidèles du corps ecclésial, c’est-à-dire les clercs, les moines ou les laïcs, avec la divine Eucharistie et la vie sacramentelle de l’Eglise dans son ensemble. D’ailleurs, cette relation a été prescrite définitivement par le divin fondateur de l’Eglise Jésus Christ lui-même et par la tradition apostolique, raison pour laquelle elle a été pratiquée dans la vie ecclésiale et a été ratifiée par la tradition canonique, afin de préserver l’unité du corps ecclésial entier dans la communion de la foi transmise et dans le lien d’amour. Donc, le locus et le modus communs de l’expression de la mission spécifique de chaque ordre (clercs, moines ou laïcs) dans cette communion est la vie sacramentelle en son ensemble, ayant comme centre la divine Eucharistie.

Par conséquent, tant les saints canons, qui se réfèrent à l’organisation administrative ou au fonctionnement synodal de l’Eglise, que les canons, qui se réfèrent à la vie ascétique des moines ou à l’expérience spirituelle des fidèles, correspondent à la mission ou la responsabilité de chaque ordre du corps ecclésial afin de défendre non seulement l’unité de l’Eglise contre les tentatives hérétiques ou schismatiques, mais aussi la vie spirituelle des fidèles contre les nombreuses confusions de nos jours. Ainsi, les saints canons, qui se réfèrent à l’organisation ecclésiale ou au fonctionnement synodal de l’administration ecclésiale, ont comme base principale le sacrement du sacerdoce, ainsi que ses porteurs pour assurer continuellement la succession ininterrompue de la foi et de l’ordre, ainsi que la validité de la célébration de la divine Eucharistie et de tous les sacrements de l’Eglise. En revanche, les saints canons, qui se réfèrent à la vie spirituelle des membres du corps ecclésial, ont comme base fondamentale leur participation à la vie sacramentelle des Eglises locales ayant au centre la divine Eucharistie. Or, la certitude et l’expérience authentique de la vie sacramentelle des fidèles sont la base commune de toute la vie spirituelle du corps ecclésial.

2. Il est donc évident que les principaux thèmes de la tradition canonique de l’Église pourraient être classés aux unités suivantes :

a) La réception de l’autorité sacerdotale par l’ordination sacramentelle canonique dans une Église locale (diocèse), qui assure la continuité ininterrompue de la succession apostolique dans la foi transmisse et dans l’ordre canonique, témoigne la véridicité de la sainte Eucharistie,

b) la perte de l’autorité sacerdotale par la peine de la déposition ou de la détronisation, prononcées par des organes synodaux compétents pour certains délits canoniques graves (hérésie, schisme, parasynagogue, irresponsabilité liturgique ou pastorale etc.), témoigne que le condamné ne peut pas être célébrant ou garant de la sainte Eucharistie.

c) L’organisation administrative de l’Église locale et son adaptation aux systèmes de l’organisation administrative de l’Église universelle (métropolitain, exarchal, patriarcal)

d) La fonction du système synodal au niveau local, régional ou œcuménique et son adaptation à l’évolution de l’organisation administrative respective (synodes provincial, majeur, patriarcal, œcuménique etc.)

e) L’évolution de l’autorité judiciaire au niveau de l’Église locale, régionale et œcuménique manifeste au sens absolu le moyen de l’autorité spirituelle et de la mission pastorale de l’Église dans ses relations avec les membres du corps ecclésial (sacra interna corporis). C’est pourquoi toutes les peines imposées aux évêques, simples clercs, moines et laïques, ont un caractère purement spirituel et une référence profonde de la relation du condamné avec la sainte Eucharistie (anathème, déposition, déchéance du trône, excommunication ou non communion, suspense provisoire ou à vie etc.)

f) La description des principes canoniques et de la procédure ecclésiale pour la réintégration au sein de l’Église des hérétiques et des schismatiques repentis (Libelle de foi orthodoxe, Chrismation, Rébaptême etc.)

g) La définition des principes canoniques pour les relations des évêques non seulement entre eux ou avec les Églises locales relevant de leur autorité, mais aussi avec le clergé et les paroisses de son diocèse.

i) Exhortation à la hiérarchie, au clergé, aux moines et aux laïques de mener une vie spirituelle, sacramentelle et morale rigoureuses etc.

Cependant, les décisions prises sur ces questions canoniques majeures ne l’ont pas été pour légiférer a priori sur des questions, qui pourraient se poser à l’avenir, mais pour résoudre des problèmes pastoraux réels, auxquels les Églises locales étaient confrontées en raison d’une compréhension mauvaise ou partielle de la mission spirituelle de l’Église ou de la responsabilité pastorale du clergé. C’est donc dans la vie de l’Église que doivent être recherchées les causes ecclésiastiques, qui ont suscité la promulgation des canons et qui doivent exprimer le véritable esprit pastoral spécifique de chaque canon. Il est donc évident que les canons se réfèrent sur les diverses nécessités pastorales de l’Église, pour faire face aux dangereuses confusions spirituelles du clergé, des moines ou des laïques sur la mission pastorale de l’Église.

C’est pourquoi les canons ne sont, ni ne doivent être, conformément à la mission pastorale de l’Église, ni ne veulent, ni ne peuvent être, selon la conscience ecclésiale diachronique, une législation systématique ou exhaustive de l’Église, malgré qu’ils manifestent l’esprit authentique de la mission de l’Église et sa responsabilité pastorale. Or, la tradition canonique a comme mission principale d’harmoniser d’une manière authentique, responsable et universelle le message salvifique du mystère de la divine économie en Christ pour le salut du monde avec la mission spirituelle de l’Église pour l’adapter aux conditions différentes de chaque époque et de chaque lieu. Cette adaptation se réalise toujours moyennant aussi bien la bonne organisation et la fonction adéquate du système synodal, que le renforcement de la vie sacramentelle et la responsabilité morale du corps ecclésial.

En effet, l’unité de l’Église dans la vraie foi et la charité est assurée non seulement par les définitions dogmatiques de la foi, mais aussi par l’expérience sacramentelle et par la perfection morale des fidèles, qui permettent aux fidèles de mieux comprendre le message salvifique de la divine économie en Christ et de mieux s’approprier son contenu dans la vie sacramentelle de l’Église. C’est le but suprême poursuivi par tous les canons non seulement des Conciles œcuméniques ou locaux, mais aussi les Pères éminents de l’Église, qui ont profondément enrichi la profondeur spirituelle de l’expérience sacramentelle du corps ecclésial. Dans cet esprit, les canons des Pères éminents de l’Église ont un caractère nettement pastoral et se réfèrent surtout à la pénitence des fidèles (clercs, moines, ou laïques), qui ont commis des fautes graves de foi, de l’ordre canonique ou de la vie morale et pour cette raison ont été exclus de la communion ecclésiale ou même du corps ecclésiastique.

Ainsi, ces canons se rapportent à ceux qui d’une façon ou d’une autre se sont éloignés non seulement de l’Église, mais aussi du christianisme (Gnostiques) ou ceux qui ont nié leur foi sous la pression des persécutions (lapsi), ou ceux qui sont tombés dans des péchés mortels ou graves, ou ceux qui ont commis d’autres fautes morales etc. D’ailleurs, tout éloignement de la foi chrétienne ou du corps ecclésiastique créait toujours une crise pastorale dans la vie de l’Église locale et c’est pourquoi depuis l’époque apostolique, ceux qui s’éloignaient étaient exclus de la communion et s’ils voulaient retourner au sein de l’Église ils devaient se soumettre à une stricte procédure de pénitence, qui était toujours proportionnelle à la gravité de la faute ou la menace pour l’unité du corps ecclésiastique (S. Basile le Grand etc.)

Donc, pour mieux comprendre l’esprit de la tradition canonique il faut l’inférer à la fois aux saintes Ecritures et au mystère de la divine économie en Christ, parce que l’esprit des canons doit toujours exprimer d’une manière authentique le message salvifique de l’incarnation du Christ dans l’histoire du salut. Cependant, si cette inférence du contenu historique de certains canons s’avère difficile, en raison de l’absence d’un principe explicite ou implicite dans la sainte Ecriture, on doit alors chercher un rapport implicite à la tradition ecclésiastique, qui exprime la conscience ecclésiale d’une manière authentique. D’ailleurs, cette authenticité de la conscience ecclésiale, qui s’exprime aussi par les canons, est garantie par la présence continuelle et vivante du saint Esprit dans l’Église.

Or, le Saint Esprit confirme la présence ininterrompue du Christ dans son Église ; rend accessible à l’Église toute la vérité du mystère de la divine économie en Christ ; transforme la vérité historique pour l’œuvre salvifique du Christ en vérité historique de l’Église ; garantit l’authenticité de la vérité de la foi dans son lien avec les définitions dogmatiques conciliaires et les formules théologiques des grands Pères de l’Église ; préserve l’Église contre les utopies des théories arbitraires ou passagères ou mêmes contre les quêtes et les spéculations eschatologiques non fondées ; guide l’Église hinc et nunc vers l’accomplissement eschatologique du Royaume de Dieu ; conserve au sein de l’Église l’équilibre authentique entre continuité et renouveau du message de l’économie divine en Christ pour le salut du monde, et conduit l’Église à l’accomplissement de sa mission indispensable (sine qua non) dans l’histoire du salut.

3. L’Église a l’autorité suprême de formuler, sous la conduite du Saint Esprit, des principes canoniques, sûrs et véridiques, positifs ou négatifs, qui visent à garder inaltérable la tradition apostolique aussi bien dans la proclamation de la foi que dans l’expérience sacramentelle, et qui s’interpénètrent dans la mission spirituelle de l’Église. Ainsi, toutes les formulations canoniques de l’Église, autorisées par des décisions conciliaires ou par la conscience ecclésiale expriment d’une manière authentique la perspective pastorale de la mission sotériologique, qui garde toujours l’équilibre entre la rigidité du principe canonique (akribie) et la philanthropie ecclésiale (économie). L’évêque est le juge légitime de l’application de l’acribie ou de l’économie, puisque celui qui a l’autorité d’ordonner a aussi l’autorité de juger.

Les deux pôles de cet axe de la responsabilité pastorale de l’Église, qui sont bien fondés dans l’enseignement du Christ et dans la tradition apostolique, désignent les limites de l’autorité pastorale de l’Église et gardent l’authenticité de l’esprit de tous les canons que la conscience ecclésiale a ratifié par les décisions des Conciles œcuméniques. Or, si l’Église pourrait se tromper dans une ou plusieurs formulations canoniques pour telle ou telle question ecclésiastique ou si ses formulations canoniques n’étaient pas nécessairement sûres, même du point de vue pastoral, alors l’Église ne serait pas nécessaire dans l’histoire du salut, puisque elle ne conduirait pas sûrement les fidèles dans la voie du salut. D’ailleurs, une telle supposition a depuis toujours été considérée comme théologiquement et ecclésiologiquement inconcevable, parce qu’elle serait contraire à l’ontologie christocentrique de l’Église, en tant que "corps du Christ".

Cependant, les canons ont habituellement le caractère de définitions ecclésiastiques empiriques, mais ils ont toujours une référence indirecte soit à la vérité de la révélation divine, soit même à la nature christocentrique ou à la mission salvifique de l’Église. Cependant, lorsqu’ils sont édictés pour envisager chaque fois correctement les questions ecclésiastiques, ils présupposent alors aussi la conscience claire que l’Église vit toujours le contenu de la vérité formulée par le canon. Mais cette conscience ne s’exprime pas toujours de manière positive ; elle se manifeste même souvent de manière négative. Cela devrait être considéré comme évident, étant donné que le contenu de la vérité révélée, tel qu’il est toujours vécu par l’Église dans sa plénitude, n’a pas besoin d’une formulation systématique, mais seulement lorsqu’il est mal compris à un certain moment ou dans un certain lieu.

Ainsi, pour rétablir la plénitude et l’authenticité de cet aspect abîme, l’Église édicte un canon précis ou des canons. Autrement dit, la forme historique existante des canons reflète sûrement la substance et la plénitude de la vérité révélée en Christ, étant donné que c’est une diffusion empirique de celle-ci. Toutefois, ces canons en soi constituent une simple figure historique, et non pas un relevé exhaustif de la vérité absolue. Il n’en demeure pas moins clair que dans les canons il n’y a pas d’identité de leur contenu historique à la plénitude du contenu des vérités révélées, mais certainement une adaptation authentique de la plénitude du contenu de la vérité de la foi révélée en Christ à chaque problème ecclésiastique précis quant à son lieu, à son temps, à ses personnes et à sa substance.

En effet, la formulation du contenu spécifique de la vérité de la foi dans les canons est clairement déterminée par la question ecclésiastique spécifique ; et cela non seulement dans sa projection historique dans le temps et dans l’espace, mais aussi dans le langage ou la terminologie utilisée, ainsi que dans l’organisation historique de leur contenu. Cela signifie que dans les canons nous n’avons pas seulement une partie de la vérité tout entière, mais une perspective spécifique de la plénitude de cette vérité, afin d’adapter son contenu à la question précise posée par une déviation arbitraire ou par une incompréhension de sa raisonance théologique. Par conséquent, dans les canons nous avons une perspective spécifique non seulement d’une partie, mais l’irradiation de la plénitude de la vérité de la foi. D’ailleurs, il n’est pas toujours nécessaire de traduire l’expression absolue de la vérité vécue dans la vie sacramentelle de l’Église ou du mystère de l’Église comme tel dans des formes canoniques concrètes, étant donné que les canons constituent simplement une manifestation historique de la vérité de la foi, selon les besoins constatés des fidèles, en agissant toujours au sein de l’Église et par l’Église.

Or, le lien indissoluble entre le Christ et son Église, qui se manifeste dans toute l’expérience sacramentelle du corps ecclésial, constitue dans la vie de l’Église une manifestation claire de sa conduite par l’inspiration du Saint-Esprit jusqu’à l’accomplissement de sa mission dans l’histoire du salut du genre humain. Ainsi, il importe de considérer comme irréfutable que les canons dans leur ensemble sont un témoignage sûr de l’adaptation authentique du contenu de l’enseignement du Christ à la vie historique de l’Église, car ils constituent la manifestation historique de la vérité du mystère de la divine économie en Christ continuellement possédée et expérimentalement vécue par l’Église dans sa vie sacramentelle. Cela devient plus clair, si nous considérons que l’Église, par sa tradition canonique tout entière, ne vise pas à trouver et à exposer la vérité de la foi, mais pose la vérité éternelle de la foi, déjà possédée par elle, comme une condition fondamentale à la formulation historique des canons.

Donc, l’Eglise, en décrétant les canons pour faire face à des incompréhensions de la vérité de la foi ou à des déviations par rapport à cette vérité, surgissant à diverses époques, ne considère pas nécessaire de fonder expressis verbis ces canons sur la vérité absolue, qui dicte leur élaboration, cette vérité étant toujours et sans cesse vécue par elle. Or, la tradition canonique exprime non pas un développement indépendant ou horizontal d’un positivisme juridique dans la vie historique de l’Église, mais l’authenticité verticale de son rapport historique à la vérité possédée et vécue par l’Église en l’Esprit Saint. C’est pourquoi, la description systématique de cette expérience vécue des vérités de la révélation divine en Christ dans un système juridique complet du droit de l’Église est ecclésiologiquement inconcevable et pratiquement impossible.

Il est évident, que l’Église réalise la communion et l’union entre l’homme et Dieu par des actions historiques concrètes dans sa vie sacramentelle avec comme centre le sacrement de la sainte Eucharistie. Il importe donc de distinguer nettement dans les canons entre l’être permanent de l’expérience sacramentelle et le devenir historique permanent de l’Église. Ainsi, le contenu fondamental de l’esprit de chaque canon est infiniment supérieur à sa matière ou à sa forme historique extérieure, étant donné que l’historicité du canon doit être conçue dans le sens que la vérité éternelle et absolue est placée dans l’histoire et déterminée par elle, tant dans sa forme que dans ses modes d’expression canoniques. De ce point de vue, il importe de considérer les canons non seulement comme une source authentique du message de la révélation divine en Christ, mais aussi comme un canal sûr, par où ce message passe inaltérable et imprègne la vie sacramentelle des fidèles au sein de l’Église.

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