La préparation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe

La préparation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe

Archevêque Job de Telmessos

Bref rappel historique

L’idée de la convocation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe remonte au congrès pan-orthodoxe de Constantinople de 1923. Sept ans plus tard, le patriarche œcuménique Photios II convoqua la réunion d’un comité inter-orthodoxe préparatoire en 1930 au monastère de Vatopedi au Mont Athos qui établit une première liste de 17 sujets devant être traités parmi lesquels furent soulevées les relations inter-orthodoxes, les relations de l’Église orthodoxe avec les autres Églises et confessions chrétiennes, la question du calendrier et diverses questions d’ordre disciplinaire.

C’est au patriarche œcuménique Athénagoras que l’on doit d’avoir relancé l’idée de la convocation d’un concile par deux lettres patriarcales adressées aux primats des Églises orthodoxes patriarcales et autocéphales en 1951 et 1952. Cependant, ce n’est qu’en 1961 que s’est réuni à Rhodes la première conférence pan-orthodoxe qui lança officiellement et définitivement le processus de préparation du Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe. Cette conférence approuva une très longue liste de sujets devant être traités par le concile et qui étaient classifiés d’après les huit catégories suivantes : 1) Foi et dogme ; 2) Culte divin ; 3) Administration de l’Église ; 4) Relations entre les Églises orthodoxes ; 5) Relations des Églises orthodoxes avec le reste du monde chrétien ; 6) Orthodoxie et le Monde ; 7) Sujets théologiques (dont la question de l’économie versus acribie, de la relation de l’Église orthodoxe avec les autres religions, de l’euthanasie et de la crémation) ; 8) Problèmes sociaux (tels que la famille, la jeunesse, la discrimination).

Cette liste considérée comme trop ambitieuse fut restreinte à dix sujets par la première conférence préconciliaire pan-orthodoxe de Chambésy en 1976. Dès lors, dix sujets apparaissent à l’ordre du jour du Saint et Grand Concile : 1) La question du calendrier ; 2) Les empêchements au mariage ; 3) L’adaptation des règles du jeûne aux conditions contemporaines ; 4) Les relations de l’Église orthodoxe avec les autres Églises et confessions chrétiennes ; 5) Les relations de l’Église orthodoxe au mouvement œcuménique ; 6) Les relations de l’Église orthodoxe au monde ; 7) Le problème de la diaspora orthodoxe ; 8) L’autocéphalie et la manière de la proclamer ; 9) L’autonomie et la manière de la proclamer ; 10) Les diptyques de l’Église orthodoxe.

Le processus de préparation

La première conférence préconciliaire pan-orthodoxe de Chambésy de 1976 a également établi un processus de préparation du Saint et Grand Concile. Un secrétariat pour la préparation du Saint et Grand Concile fut établi au Centre orthodoxe du Patriarcat œcuménique à Chambésy. Celui-ci devait recevoir les propositions de chaque Église orthodoxe patriarcale ou autocéphale relativement à chacun des dix thèmes établis et produire un rapport qui devait être ensuite examiné par un Comité préparatoire inter-orthodoxe convoqué par le Patriarche œcuménique qui devait se réunir autant de fois que nécessaire jusqu’à ce qu’un concessus soit atteint entre les différentes Églises orthodoxes patriarcales et autocéphales sur le sujet.

Le texte du consensus ainsi atteint était ensuite envoyé par le secrétatiat au Saint Synode de chaque Église orthodoxe patriarcale ou autocéphale pour être ratifié, ou pour être de nouveau commenté. Les éventuels commentaires de chaque Église devait être envoyé au secrétariat qui en tenait compte pour le texte final qui devait être discuté par une Conférence pan-orthodoxe préconciliaire convoquée par le Patriarche œcuménique. Celle-ci consistait en la dernière étape pour l’élaboration des textes sur les différents sujets du Concile et qui devront être discutés et adoptés par le Concile.

Dans cet esprit, la deuxième conférence préconciliaire pan-orthodoxe de Chambésy de 1982 prépara le texte sur la question des empêchements au mariage, de l’adaptation des règles du jeûne aux conditions contemporaines, de la question du calendrier (principalement de la date commune de la fête de Pâques, suite à un congrès d’astronomes orthodoxes réunis préalablement à Chambésy). La troisième conférence préconciliaire pan-orthodoxe de Chambésy de 1986 adopta quatre textes : sur « la contribution de l’Église orthodoxe à la réalisation de la paix, de la justice, de la liberté, de la fraternité et de l’amour entre les peuples, et l’élimination de la discrimination raciale et toute autre forme de discrimination », sur la relation de l’Église orthodoxe au mouvement œcuménique, sur la relation de l’Église orthodoxe avec le monde chrétien ainsi que sur l’adaptation des règles du jeûne aux conditions contemporaines, et fixa un règlement des conférences préconcilaires préparatoires et des comités préparatoires inter-orthodoxes où toutes les décisions devaient être prises par consensus, à l’exception des questions procédurales qui devaient être prises par les deux tiers des chefs de délégations présents.

La quatrième conférence préconciliaire pan-orthodoxe de Chambésy de 2009 adopta le texte sur la diaspora orthodoxe qui a établi les Assemblées épiscopales orthodoxes dans douze régions du monde : 1) Amérique du Nord et centrale, 2) Amérique du sud, 3) Australie - Nouvelle Zélande - Océanie, 4) Grande-Bretagne - Irlande, 5) France, 6) Belgique - Pays-Bas - Luxembourg, 7) Autriche, 8) Italie et Malte, 9) Suisse, 10) Allemagne, 11) Scandinavie, 12) Espagne et Portugal. Cette conférence préconciliaire pan-orthodoxe adopta également le règlement de ces assemblées épiscopales.

Dernière ligne droite vers le concile

Lors de la Synaxe des Primats des Églises orthodoxes réunis à Constantinople au siège du Patriarcat œcuménique au Phanar en mars 2014, il a été décidé de convoquer une commission inter-orthodoxe spéciale pour revoir un certain nombre de textes qui avait pris de l’âge. Cette commission s’est réunie en octobre 2014, en février 2015 et en mars-avril 2015, et a revu les textes sur sur la relation de l’Église orthodoxe au mouvement œcuménique, sur la relation de l’Église orthodoxe avec le monde chrétien et les a réuni en un seul, et où l’expression « mouvement œcuménique » a été épuré à la demande des Églises de Russie, de Serbie et de Géorgie. Le texte sur « la contribution de l’Église orthodoxe à la réalisation de la paix, de la justice, de la liberté, de la fraternité et de l’amour entre les peuples, et l’élimination de la discrimination raciale et toute autre forme de discrimination » a lui aussi été revu et corrigé. Le texte sur l’adaptation des règles du jeûne n’a fait l’objet que de quelques correction mineures d’ordre rédactionnel. Le texte de 1982 sur la date commune de Pâques n’a pu être revu par le comité, car certaines délégations exigeaient que ce thème soit supprimé de l’ordre du jour du Concile, et par conséquent, ce texte a été renvoyé tel quel au Concile. De même, aucun consens n’a pu être atteint par le comité spécial quant au texte des empêchements au mariage de 1982 et fut donc renvoyé comme tel au Concile.

La cinquième conférence préconciliaire pan-orthodoxe de Chambésy d’octobre 2015 a approuvé le texte sur « L’autonomie et son mode de proclamation », élaboré en 2009 par la Commission préparatoire interorthodoxe. Elle a également examiné les projets de documents du Concile panorthodoxe révisés par la Commission interorthodoxe spéciale lors des réunions d’octobre 2014, février et mars-avril 2015. Les documents intitulés « Les relations de l’Église orthodoxe avec le reste du monde chrétien » et « l’Importance du jeûne et de son observance aujourd’hui » ont été approuvés. Par contre, le document intitulé « La contribution de l’Église orthodoxe à la réalisation de la paix, de la justice, de la liberté, de la fraternité et de l’amour entre les peuples et à la suppression des discriminations raciales et autres » a été renommé « La mission de l’Église orthodoxe dans le monde contemporain » et n’a pu obtenir le consensus et de cet fait n’a pas été signé par les chefs des délégations des Églises de Russie et de Géorgie.

Ainsi, parmi les dix thèmes à l’ordre du jour du Saint et Grand Concile, deux n’ont pu aboutir à un consensus lors des réunions des Commissions préparatoires interorthodoxes, malgré de nombreux efforts déployés. Il s’agit de la question de l’autocéphalie et de son mode de proclamation et de la question des dyptiques. Ainsi, il semblerait que ces deux sujets ne seront pas examinés par le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe.

Par ailleurs, la Synaxe des Primats des Églises orthodoxes réunis à Constantinople en mars 2014 a décidé que toutes les décisions pendant les travaux du Concile seront prises à l’unanimité sur le principe de consensus. Il y a été décidé que le Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe sera convoqué par le Patriarche œcuménique à Constantinople en 2016, sauf événement imprévu, probablement juste avant la fête de la Pentecôte, et qu’il se tiendra à l’église Sainte-Irène, où s’était tenu le deuxième concile œcuménique. Le concile sera présidé par le Patriarche œcuménique et ses frères, les primats des autres Églises orthodoxes patriarcales et autocéphales, seront assis à sa droite et à sa gauche. Chaque Église envera une délégation constituée de 24 évêques.

D’ici là, un Comité inter-orthodoxe spécial doit encore se réunir prochainement pour élaborer le Message du Concile adressé au monde entier, ainsi que le projet d’un règlement du Concile. Ces textes devront encore être adoptés par une nouvelle Synaxe des Primats des Églises orthodoxes qui devrait être convoquée par le Patriarche œcuménique en janvier prochain. C’est cette synaxe qui devra statuer également sur la liste des observateurs extérieurs à l’Église orthodoxe qui devraient être invités au Concile, ainsi que sur la validité canonique des décisions du Concile.

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