Message de Carême 2016 de Son Excellence JEAN, Évêque de Charioupolis,Vicaire Patriarcal et Locum-tenens

Aux Révérends Pères doyens, au clergé, Prêtres et Diacres, aux Moines et Moniales, aux fidèles et à tous les amis de l’Exarchat des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe Occidentale du Patriarcat Œcuménique

Chers Révérends Pères, frères et sœurs,

Cette année encore l’entrée dans le Grand Carême est assombrie par le lourd nuage qui s’accumule sur la tête de l’humanité. Guerres avec toute leurs cohortes de tragédies humaines qu’elles engendrent, pollution de la nature, bouleversement au Moyen-Orient dont on ne voit pas encore les tenants et aboutissants, angoisse des nations pauvres devant le gouffre qui sépare de plus en plus le Nord et le Sud. L’homme ordinaire que nous sommes, devant un tel tableau apocalyptique, se sent fragile comme l’herbe des champs. Faisant partie de la "masse", il a le sentiment que tout est manipulé au-dessus de sa tête et que sa vision propre n’a aucun impact sur le déroulement des événements. Notre faiblesse une fois de plus est soulignée.

Or Saint Paul nous dit que c’est justement dans la faiblesse que réside la force. Le Carême est le temps privilégié de la prise de conscience spirituelle de notre faiblesse humaine. Oui, qu’avons-nous à offrir à Dieu, sinon cette faiblesse, ce péché qui nous accable et que l’on voit à l’œuvre chaque jour en nous et hors de nous et dont l’existence est réelle. Etre chrétien, c’est avoir conscience de sa finitude et de sa situation de pécheur, c’est-à-dire de créature éprouvant dans sa chair la liberté du choix entre le bien et le mal, sachant que la victoire sur le mal ne sera que la conjonction entre l’œuvre de Dieu et celle de l’homme. Or notre péché collectif est grand. C’est pourquoi notre jeûne ecclésial est nécessaire. Prendre conscience de sa faiblesse individuelle comme le publicain : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis » est la condition absolue de la prise de conscience collective. Le chrétien par son jeûne signifie au monde qu’il y a des limites aux désirs même les plus légitimes. C’est un appel et un éveil pour vaincre la solitude, la séparation, l’anxiété devant l’insécurité, le besoin de s’assurer une place dans la société, la peur du jugement des autres, le désir de gravir les échelons du pouvoir. Tout cela caractérise notre société de consommation et nous sommes tous tentés de nous identifier à elle par tel ou tel de ces désirs.

Or, si nous suivons le Christ, nous voyons que témoigner du Royaume sera en fait nous placer en situation de marginalité par rapport à ces désirs et à cette société de consommation qui nous rassurent. Jeûner, c’est se mettre « en marge » pour témoigner d’une autre réalité, d’un autre mode d’action sur le monde. Dieu agit dans la faiblesse engendrée par le jeûne. Le jeûne pour Dieu rend l’homme miséricordieux avec lui-même et avec ses frères, change son regard sur la création en développant sa sensibilité aux rythmes de la nature et de la vie. Le jeûne nous réapprend ce que Soljenitsyne appelle « l’autolimitation » du besoin qui redonne à l’homme sa liberté et le fait sortir du cercle infernal de la consommation. S’autolimiter pour le Christ et pour l’amour d’autrui, voilà le vrai jeûne qui nous fait croître spirituellement et apporte au monde une réponse vraiment chrétienne.

Toute notre tradition spirituelle nous enseigne cela. Or, nous l’avons tellement formalisée et ritualisée que nous n’en voyons par les enjeux et surtout l’actualité. À nous de l’incarner dans ce temps du Carême pour faire triompher par nos vies ce que le Christ a été : paix, amour, miséricorde et joie pour la gloire du Père.

À tous, bon et saint Carême.

+ Jean, Évêque de Charioupolis, Vicaire Patriarcal et Locum-tenens

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