Message du Patriarche Œcuménique Bartholomée Ier pour le début du nouvel an ecclésiastique

L’Église du Christ célèbre en ce jour l’indiction qui, selon les Romains, signifie « limite », c’est à dire le début de l’année ecclésiastique. Ce terme vient de l’usage qu’avaient les empereurs romains de lever chaque année à cette époque un impôt sur leurs sujets pour l’entretien de l’armée. Le taux de cet impôt annuel était fixé tous les quinze ans. C’est pourquoi on appelle également indiction les cycles de quinze ans qui commencèrent sous César Auguste, trois ans avant la naissance du Christ.

Comme, d’autre part, le mois de septembre est l’époque où l’on rentre les fruits des récoltes dans les greniers pour se préparer à un nouveau cycle de la végétation, il convenait de fêter ce début du cycle agricole en rendant grâce à Dieu pour sa bienveillance à l’égard de la création. C’est déjà ce que faisaient les Juifs sous le régime de l’ancienne Loi. Le premier jour de leur septième mois (début septembre), ils célébraient la fête des Trompettes, en cessant tout travail pour se consacrer seulement à l’offrande de sacrifices « d’agréable odeur » et à la louange de Dieu (cf. Lev. XXIII:24-25).

Depuis 1989, le 1er septembre, jour du nouvel an ecclésiastique, est dédié par le Patriarcat Œcuménique à la journée de prière pour la protection de la création.

A cette occasion, Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholomée a diffusé le message suivant : (JPEG)

No de protocole 887

† BARTHOLOMAIOS PAR LA GRÂCE DE DIEU ARCHEVÊQUE DE CONSTANTINOPLE, NOUVELLE ROME, ET PATRIARCHE ŒCUMÉNIQUE QUE LA GRÂCE, LA PAIX ET LA MISÉRICORDE DE NOTRE SEIGNEUR, DIEU ET SAUVEUR JÉSUS CHRIST, AUTEUR DE TOUTE LA CRÉATION, SOIENT AVEC TOUT LE PLÉRÔME DE L’ÉGLISE

Frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur,

Depuis de nombreuses années, soucieuse des évolutions désastreuses marquées dans le domaine environnemental, l’Église Mère, la sainte Grande Église du Christ, a pris l’initiative de fixer le début de chaque année ecclésiastique comme journée dédiée à la Création, à l’environnement, appelant le monde orthodoxe et chrétien à adresser prières et supplications au Créateur de tout, d’une part pour Le remercier du grand don de la Création, d’autre part pour Le supplier de la protéger et la sauver de toute atteinte humaine visible et invisible. Or, cette année encore, en cette solennité, nous rappelons depuis le Trône œcuménique la nécessité que tous soient sensibilisés aux problèmes écologiques auxquels notre planète est aujourd’hui confrontée. Le progrès technologique fulgurant, les possibilités et les facilités qu’il offre à l’homme contemporain, ne doivent pas nous désorienter, au point de ne pas réfléchir sérieusement, avant toute entreprise technologique, aux surcharges que celle-ci risque d’avoir sur l’environnement naturel et la civilisation en général, aux retombées qui peuvent s’avérer - et qui le sont manifestement - très dangereuses et désastreuses pour la création et pour la vie des êtres sur terre.

D’ailleurs, les frères Primats et évêques des très-saintes Églises orthodoxes locales, nous avons proclamé cette nécessité, lors du saint et grand Concile réuni en juin dernier à la grande-île de Crète, sous la présidence du Patriarche œcuménique, dans l’Encyclique émanant du Concile, en signalant que « le développement actuel des sciences et de la technologie est en train de changer notre vie. Or, tout ce qui engendre un changement dans la vie humaine exige que nous fassions preuve de discernement. Car, hormis les importants bienfaits (...) nous sommes aussi confrontés aux retombées négatives du progrès scientifique » dont la dégradation, voire la destruction de l’environnement naturel. Il faut se montrer vigilants, former et enseigner pour dégager le rapport liant clairement l’actuelle crise écologique aux passions humaines telles que la convoitise, l’avidité, la cupidité, l’égoïsme, l’esprit de prédation dont résulte la crise environnementale que nous sommes en train de vivre. Dès lors, il n’y a qu’une seule issue : retrouver la beauté originelle que représentent l’ordre et l’économie, la continence et l’ascèse, susceptibles de mener à une gestion rationnelle de l’environnement naturel. Tout particulièrement, l’avidité qui consiste à satisfaire les besoins matériels amène sûrement à l’appauvrissement spirituel de l’homme et implique la destruction de l’environnement. « Les racines de la crise écologique sont spirituelles et morales. Elles sont inscrites dans le cœur de chaque être humain » signale le saint et grand Concile de l’Église orthodoxe, en s’adressant au monde contemporain, et « le désir d’une croissance continue de la prospérité et la consommation effrénée entraînent inévitablement l’utilisation disproportionnée et l’épuisement des ressources naturelles » (cf. document sur la « Mission de l’Église »).

Dans ce même ordre d’idées, frères et enfants bien-aimés dans le Seigneur, célébrant aujourd’hui la mémoire de saint Siméon le Stylite, ce grand pilier de notre Église dont le monument, ainsi que d’autres sites archéologiques en Syrie et dans le monde entier tel celui de l’antique Palmyre comptant parmi les monuments de premier plan du patrimoine culturel de l’humanité, sont victimes de la barbarie et des calamités de la guerre, nous signalons un autre problème tout aussi important : la crise de civilisation qui, les dernières années, devient mondiale. D’ailleurs, Environnement et Civilisation sont des notions et des valeurs parallèles qui s’interpénètrent. Le monde environnant l’humanité a été créé par un seul mot d’ordre de Dieu : « soit ! » (cf. Gn 1, 3, 6, 14). La civilisation a été créée par l’être humain doué de raison. Dès lors, le respect qui lui est dû va de soi et s’impose, d’autant plus que l’homme est honoré comme étant la couronne de la Création divine.

C’est pourquoi, il nous incombe, depuis ce centre sacré de l’Orthodoxie dépositaire d’une tradition unique et gardien des valeurs universelles du patrimoine culturel, d’attirer l’attention des responsables et de tout un chacun sur la nécessité de protéger, parallèlement à l’environnement naturel, le patrimoine culturel universel menacé par le changement climatique, les conflits armés partout sur la planète et d’autres causes.

Les trésors culturels qui, en tant que monuments religieux et spirituels, mais aussi en tant qu’expression diachronique de l’esprit humain, appartiennent à toute l’humanité et non exclusivement aux États à l’intérieur desquels ils sont situés, sont exposés aux mêmes dangers que l’environnement. Par conséquent, il est impératif de veiller à la protection de l’environnement et des valeurs inestimables de la civilisation pour le bien-être de l’humanité tout entière. La dégradation et destruction d’un monument culturel d’un pays porte atteinte au patrimoine universel de l’humanité ; dès lors, il incombe à tout humain, tout spécialement à tout citoyen d’un pays civilisé, de renforcer les mesures destinées à protéger et sauvegarder les monuments de celui-ci. Il est donc indispensable que tout État de droit évite des actions susceptibles d’altérer les valeurs immatérielles que chacun d’eux représente.

Prenant conscience de la déclaration panorthodoxe concernant « l’immense responsabilité qui nous incombe de léguer aux générations futures un environnement naturel viable et son usage conforme à la volonté et à la bénédiction de Dieu » (Encyclique du saint et grand Concile) et que « ce ne sont pas seulement les générations actuelles mais aussi celles à venir qui ont droit aux biens naturels que le Créateur nous a donnés » (document du saint et grand Concile sur la « Mission de l’Église »), nous invitons le monde entier à mobiliser toutes les forces, notamment la prière, dans la lutte pour la protection de l’environnement, au sens large, c’est-à-dire comme une conjonction harmonieuse de l’environnement naturel et de l’environnement culturel créé par l’humain. Nous supplions notre Seigneur Jésus Christ, par l’intercession de la toute-sainte et toute-bénie Mère de Dieu Pammakaristos, la voix qui crie dans le désert de Jean le Précurseur et les prières de Siméon le Stylique et de tous les Saints, de garder notre maison commune naturelle et culturelle contre toute future menace et destruction, et d’accorder constamment à celle-ci Son abondante bénédiction.

Dans le recueillement de l’âme et la prière du cœur, suppliant avec tous les croyants l’Auteur de la Création, visible et invisible, intelligible et sensible, de donner « des vents tempérés et avantageux, des pluies modérées et douces, pour faire fructifier abondamment la terre » et de dispenser au monde entier « une paix profonde qui surpasse toute intelligence », nous invoquons sur les humains et sur notre Maison terrestre, la grâce et l’infinie miséricorde de Dieu.

1er septembre 2016

† Bartholomaios de Constantinople votre fervent intercesseur devant Dieu.

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