MEDITATION POUR LA SAINTE SEMAINE DE LA PASSION

Ayant achevé les quarante jours qui ont secouru l’âme, puissions nous voir la semaine sainte de ta passion ...... (stichere du lucernaire de vendredi soir- de Lazare).

La semaine sainte est la semaine liturgique par excellence qui récapitule tout le cheminement spirituel. On pourrait dire « semaine orthodoxe », attendue et vécue avec ferveur, piété. Mais cette année, la providence ne nous accorde pas de « voir la semaine sainte de Ta passion ». Ce peut être l’occasion d’intérioriser le parcours spirituel qui est inscrit dans cette semaine liturgique, retraçant pédagogie divine et plan de rédemption, de la Genèse à la victoire sur la mort et l’annonce de l’avènement ultime : « Réjouis-toi nouvelle Jérusalem ».

La sainte semaine de la passion s’inscrit dans un « déjà pas encore » , dans cette eschatologie qui est celle de toutes nos célébrations, celle de notre foi : « commémorant Ton second et glorieux avènement », « je crois dans la résurrection des morts et la vie du siècle à venir ».

La détresse dans laquelle nous sommes actuellement - c’est une détresse - est à la fois actuelle et préfigure celle à venir précédant le Second Avènement. De même le Christ est déjà là, et a vaincu le Prince de ce monde, et Il est aussi à venir : « viens Seigneur viens, Maranatha ».

Les trois premiers jours nous placent dans la perspective (pédagogique) de la « fin » qui va être victorieuse, des temps nocturnes qui précèdent l’Avènement ultime de la Lumière.

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C’est, déjà, au milieu de ces temps nocturnes, de la nuit, que vient l’Epoux ; « bienheureux celui (et ceux) qu’Il trouvera éveillés » , c’est-à-dire ceux qui seront restés fermes , qui auront « tenu jusqu’au bout » , qui ne se seront pas laissé séduire par de faux prophètes (Mat XXIV 3-35), mais qui auront su reconnaître l’Epoux dans la nuit. Également ceux qui auront su accueillir et fructifier la parole et la promesse (parabole du figuier-Mat XXI- 18/43) ; mais aussi ceux qui ne seront pas restés « aveugles et hypocrites », préférant « l’or au sanctuaire », qui pensent qu’ils sont « maîtres des hommes, alors « qu’ils ferment le Royaume des cieux aux hommes » (Mat XXIII- 1/39) ; ceux qui auront fructifié pour la gloire de Dieu le talent qui leur a été donné ; ceux qui comme les vierges sages, mais pas seulement, auront assez d’huile dans les lampes pour aller, tout de suite, à la rencontre de l’Epoux. Mais à la porte de la salle de noces dont nous contemplons la beauté, avons-nous, aurons-nous l’habit pour y entrer ?

Ce n’est que dans l’humilité la plus profonde que nous pouvons chanter : « illumine la parure de mon âme, toi qui donnes la lumière et sauve moi ».

Ainsi préparés, jeudi nous sommes invités à entrer dans l’intimité du Seigneur et à participer au repas : « venez, vous les croyants ! Jouissons de l’hospitalité du Seigneur au banquet de l’immortalité, à la chambre haute, en élevant nous cœurs, apprenons la parole suprême du Verbe que nous exaltons » (matines, hirmos 9eme ode). Ce repas restaure celui qui devait permettre initialement de communier au monde et par là même à Dieu . « Pour vivre, l’homme devait se nourrir, manger et boire, communier au monde. Le premier don de l’Amour ce fut la vie ; celle-ci était essentiellement une communion...Communier au monde reçu de Dieu était véritablement communier à Dieu ». Telle devait être la vraie vie « eucharistique ». Mais par le péché, l’homme a perdu cette vie eucharistique, « car Il s’aima lui-même et le monde par lui-même ; il se fit centre et fin de sa propre vie. » La secousse pandémique, épreuve spirituelle autant que sanitaire et matérielle vient, en somme, nous rappeler cette condition à laquelle l’homme s’est condamné. Et l’impossibilité que nous aurons de célébrer l’Eucharistie, cette action de grâces que le Seigneur restaure et nous offre (« Toi qui offres et qui es offert ») est là peut-être pour nous faire re-prendre conscience du sens et de la portée du « sacrifice non sanglant » de Notre Seigneur. « Prenez, mangez, ceci est mon Corps, rompu pour vous en rémission des péchés » mais aussi de mieux prêter attention à l’épître de ce jour : « Que chacun s’éprouve soi-même avant de manger ce pain et de boire cette coupe ; car celui qui mange et boit sans discerner le corps du Seigneur mange et boit sa propre condamnation. Voilà pourquoi il y a parmi vous tant de malades et d’infirmes et qu’un certain nombre sont morts », (I Cor, XI, 28-30).

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Avec le récit de la passion (lecture des 12 évangiles le jeudi soir) nous vivons certainement l’instant le plus tragique qui interpelle notre humanité ; comment réagirions nous si nous étions là, dans le prétoire : serions-nous Judas , serions-nous Pierre , crierions nous « crucifie le », ou serions-nous cachés. Les circonstances particulières de cette année, les évènements à venir aussi sans doute, nous donnent également l’occasion de méditer en notre âme et conscience cette dramaturgie.

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Puis, à la sortie du prétoire, aurions-nous aidé le Seigneur, comme Simon de Cyrène, à porter La Croix ; serions-nous allés jusqu’au Golgotha comme Jean et les femmes (« La mère de Jésus , la sœur de sa mère, Marie, femme de Clopas et Marie de Magdala » (JnXIX , 25) Mais peut-être serions-nous pas loin, comme le centurion, et serions illuminés comme lui : « vraiment Celui-ci était Fils de Dieu » ; et si nous avions été condamnés en même temps, que « Jesus, le Roi des juifs », nous serions nous révolté : « si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même et sauve nous » ou nous serions nous repentis « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans Ton Royaume » et aurions-nous entendu : « Aujourd’hui même tu seras avec moi au Paradis ».

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La crucifixion du Christ, la mort du Christ, est le jour du Mal, du sentiment d’échec et d’abandon ultime (« Mon Dieu, Mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ») ; il est aussi et en même temps le jour du pardon ultime (« Pardonne leur Père, car ils ne savent pas ce qu’ils font »), de la Rédemption. A peine le Christ a-t-il rendu son Esprit que le voile du temple se déchire, le soleil s’obscurcit et des morts sortent des tombeaux. Car le Christ est descendu aux enfers, l’Hadès, cet état des ténèbres, de désespoir et de destruction, cet espace que Dieu n’a pas créé et qu’il n’a pas voulu. « Mais il a tant aimé le monde qu’il a donné son unique » pour qu’Il aille jusqu’à cet abîme et pour qui’ « il n’y ait plus un mort aux tombeaux ». La mort du Christ est une mort salvifique pour nous et pour notre salut, pour le monde. Quiconque croit en Lui, et en Sa résurrection, ne périra point mais aura la vie éternelle.

Nous t’en prions Seigneur, accorde-nous de te rendre grâces, d’accomplir le sacrifice non sanglant que tu nous offert, car « chaque fois que nous mangeons de ce pain et que buvons de cette coupe, nous annonçons ta mort et nous confessons ta résurrection ».

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Protopresbytre Jean Gueit, Doyen du Doyenné du sud-est de la France


1) « Le Mystère Pascal » A.Schmemann,O.Clément in Spiritualite Orientale n°6—1975 ;

2) Divine Liturgie de St Basile le Grand.

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