Père Dimitri Klépinine

L’émigration

Quand Odessa fut occupée par l’Armée blanche, Dimitri s’engagea comme matelot sur un de ses navires marchands. « Tout l’équipage l’adorait », rapporte S.P. Jaba dans ses Mémoires [1].

Il retrouva plus tard sa famille à Constantinople, première étape de leur vie d’exil. Dimitri reprendra là ses études, au Collège américain. En 1921, les Klépinine gagnent la Serbie, où ils retrouvent les familles Zernov [2], Lopoukhine et Troyanov. Ils s’installèrent tous ensemble dans une grande maison, baptisée par eux « L’Arche », dans la banlieue de Belgrade, qui allait devenir le centre de réunion du « Cercle des étudiants orthodoxes ». Cette communauté exceptionnelle, animée par un sentiment religieux intense, était ouverte à tous les problèmes philosophiques, religieux, sociaux et culturels de l’époque. Il y régnait un esprit de fraternité et de charité militante qui raffermit Dimitri dans sa foi. « Dima fut rapidement apprécié et trouva au sein de cette jeunesse un authentique climat de spiritualité auquel son âme aspirait manifestement depuis longtemps. Ainsi se fit sa véritable entrée dans l’Église, définitive cette fois » (A.N. Hippius, ibid.).

Avec le Cercle orthodoxe, Dimitri se rendait souvent au monastère de Hopovo, où il fit connaissance du Père Alexis Nelioubov, pasteur remarquable, et de Mgr Benjamin (Fédtchenkov) [3], qu’il ira voir régulièrement par la suite dans son monastère.

Le décès subit de sa mère en février 1923 marquera fortement cette période critique de sa biographie spirituelle et rapprochera encore plus Dimitri de l’Église. Même après sa mort, Sophie Alexandrovna restera un guide pour son fils dans les choix de sa voie spirituelle. En septembre 1930, Dimitri parle de cette présence maternelle constante dans sa direction spirituelle dans une lettre à S. Chidlovskaïa [4] : « Je compris pour la première fois la signification de toute souffrance quand je pris conscience que tout ce sur quoi je fondais mes espoirs dans la vie s’en était allé. [...] Mais un jour, je me rappelai ces paroles du Christ, qui me remplirent d’allégresse : Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous donnerai le repos. Prenez sur vous mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos de vos âmes. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau léger (Mt 11, 28). J’étais venu sur la tombe de ma mère, ployant sous le joug de mes épreuves ; tout me semblait embrouillé et sans issue, et voilà que je découvrais le fardeau léger offert par notre Seigneur. Ce fut le moment le plus heureux de ma vie, et je remercie Dieu pour ces épreuves. J’organisai alors ma vie dans une direction nouvelle et je pus désormais faire face plus sereinement aux pièges de l’adversité ».

Dans son Journal, il continue à s’adresser à sa mère en des termes pleins de tendresse : « En relisant tes lettres, je ressens chaque fois à quel point tu participes à mon existence. Tu es toujours avec moi. Ton amour clairvoyant savait ce que me réservait le destin et ce qui allait m’être utile. Toi seule sait, maintenant encore, quelle sera ma voie, dont j’ignore tout moi-même. Aide-moi, s’il t’est permis de suivre avec moi le chemin qui plaît au Seigneur. Je suis si heureux que tu aies su tout l’amour que j’avais pour toi ; que tu aies su que je t’aimais malgré mon aveuglement d’alors et mon manque d’attentions à ton égard. Je vais me coucher maintenant : reste présente, comme tu le fus naguère, quand j’étais sur le Bosphore, et toi, encore à Yalta... Si Dieu le veut, je t’écrirai encore. Mémoire éternelle à toi » (17 septembre 1929).

La formation religieuse

Traduit du russe par Anne Prokofieff à partir de textes réunis par Tatiana Victoroff. Paru dans Le Messager Orthodoxe, n° 140, 2004.

[1] Serge Jaba, « Pour le quarantième anniversaire de la mort glorieuse du père Dimitri Klépinine », en russe dans la revue ВСХД 131, (I-II, 1980).

[2] Nicholas Zernov (1898-1980) et Sophie (1899-1972) - membres actifs de l Action chrétienne des étudiants russes et de la Mission orthodoxe à l’étranger, travailleurs sociaux infatigables.

[3] Mgr Benjamin Fédtchenkov (1880-1961) - aumônier de l’Armée Blanche au sud de la Russie, émigre en 1920 en Yougoslavie, où il fonde à Chabats son propre monastère.

[4] Sophie Chidlovskaïa (1903 St-Pétersbourg-2000, New-York) - membre actif de l’Action chrétienne des étudiants russes en France ; en 1948, s’installe aux États-Unis.

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