Mère Marie

"Mon bûcher brûlera ici, sur une terre étrangère"

Beaucoup de témoignages sur mère Marie ont été rapportés du camp de concentration, et notamment celui de Geneviève Anthonioz-de Gaulle. Elle rappelait son courage, et ces moments où, le soir, tout le monde se rassemblait autour de son grabat, où elle redonnait force à toutes les déportées qui étaient là. Mère Marie continuait elle-même de broder. C’était une femme extrêmement habile, à la fois peintre, poète, et, dans le camp, elle continua de broder ou de peindre des icônes. Finalement, elle fut atteinte de dysenterie, et transportée dans ce qu’on appelait les "camps de jeunesse", terme ironique pour désigner ce lieu où étaient envoyés les malades incurables. On ignore les circonstances exactes de sa fin. Geneviève Anthonioz-de Gaulle pense qu’elle s’est éteinte d’épuisement, dans une très grande solitude. D’autres disent qu’elle a pris la place d’une jeune déportée condamnée à la chambre à gaz. Quoi qu’il en soit réellement, il reste évident qu’elle avait donné sa vie. Ses poèmes parlent de ce don, comme celui-ci, composé lorsqu’elle était encore à Paris :

Je sais, le bûcher s’allumera,
Mon bûcher brûlera,
Cantique de mes soeurs,
Paisible battement des cloches
Au Kremlin, sur la place des exécutions
Ou bien ici, sur une terre étrangère.
Partout où pèse la piété.

Elle avait aussi écrit le poème suivant :

Voici l’âme élevée en sa solitude essentielle
Seulement toi et moi,
Ta lumière, mon péché.
Me voici parvenue à ma limite
Ton soleil point à l’Orient.

Ces écrits témoignent donc que mère Marie s’endormit tout à fait apaisée dans la mort.

Renoncer au confort spirituel pour s’ouvrir aux plus pauvres

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