Mère Marie

Renoncer au confort spirituel pour s’ouvrir aux plus pauvres

Living Icons, JPEG - 33.5 ko En somme, on peut penser d’un certain point de vue que sa vie a été un complet échec : elle est morte, ses enfants sont morts. Cependant, elle joue dans l’émigration russe un rôle important. Elle commence aujourd’hui à être découverte aux États-Unis, notamment par un livre récent (Michael Plekon, Living Icons, Persons of Faith in the Eastern Church, University of Notre Dame Press, Notre Dame, Indiana) où un chapitre est consacré à sa vie ("Maria Skobtsova : Woman of Many Faces, Mother in Many Ways". Un de ses amis raconte son rêve, dans lequel il la voit dans un champ de blé. Il lui cria : "Mère Marie, mais on m’a dit que vous étiez morte !", et elle répondit : "Oh, les gens disent tant de choses. Vous voyez bien que je suis vivante".

Ainsi, le souvenir de cette femme reste très fort pour ceux qui l’ont vu vivre. Elle est reconnue comme juste chez les juifs, et à ce titre un arbre a été planté à sa mémoire. Son tempérament est aussi un de ses traits marquants : c’était une femme moderne, c’était une religieuse qui fumait, c’était une femme forte. Parmi ceux qui l’ont appréciée, il faut rappeler combien le métropolite Euloge l’a reconnue et l’a protégée. Quand certains orthodoxes traditionnels la critiquaient, il lui fit confiance, et il lui avait donné le droit de prêcher à la fin des liturgies quand elle allait en province. Ainsi, quand elle venait en Lorraine pour visiter les Russes dispersés là pour travailler dans les mines et les aciéries, elle assistait à la liturgie, et, à la fin, prononçait l’homélie.

Elle écrivait son journal, elle écrivait des articles, et on voit par ces gestes qu’elle espérait une sorte de mutation du monachisme. Cela peut être exagéré dans la mesure où le monachisme traditionnel a toujours sa place. Mais mère Marie pensait que les moines devaient renoncer à leur confort spirituel, qu’il leur fallait ouvrir les portes aux plus pauvres, apprendre non à chercher la beauté des chants et la fumée de l’encens, mais d’abord à ouvrir les portes. C’était en quelque sorte une diaconesse, comme on en parle à nouveau de nos jours, dans l’Église orthodoxe ainsi que dans l’Église catholique. Mais cette idée se heurte encore à l’immobilisme. Une des grandes difficultés de l’Église orthodoxe est en effet cette tendance à considérer que la Tradition est une répétition du passé, alors qu’elle est la transmission vivante de la vérité, transmission vivante de la foi.


Article du SOP n°288

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