Les quatre saints martyrs de l’Action Orthodoxe

La sainteté, comme "réalisation du plan de Dieu"

La canonisation dans la tradition orthodoxe repose sur quatre critères.

1. Le "combat" spirituel qu’a mené le futur saint, le "beau/bon combat de la foi" dont parle saint Paul (1 Tm 6,12 ; 2 Tm 4,7) (agôn en grec ; en russe подвиг : le haut fait, l’exploit). En fait, la réalisation du plan de Dieu concernant cette personne, car nous sommes tous appelés à la sainteté. Cette réalisation peut être inscrite dans la durée d’une vie entière, une portion de vie ou peut s’être produite en un instant, comme pour le bon larron de l’Évangile.

Dans le cas de mère Marie, certains biographes ont tendance à séparer résolument la partie "pécheresse" de sa vie (entre sa naissance et sa venue à Paris) de sa vie "sainte", et situe le retournement à la mort de sa fille Anastasie, qui débouche sur sa profession monastique. Cette division est, à mon sens arbitraire et erronée, car il y a beaucoup de signes annonciateurs des hauts faits et du combat spirituel de la future moniale dans la vie d’Élisabeth Pilenko, dès le début de sa vie, confirmés par ses écrits et son oeuvre peinte et brodée.

2. La renommée ou la vénération posthume, ce que l’entourage du futur saint a dit de lui après sa mort ou ce que les gens qui ont vécu à son époque ont pu dire ou écrire plus tard de son combat spirituel. À cet égard, l’Église attache aussi de l’importance aux témoignages dits "extérieurs", se prémunissant ainsi de la tentation de n’écouter que les proches, qui peuvent être trop subjectifs. Ce désir de laisser des témoignages oraux ou écrits, naît de la volonté du peuple chrétien d’en connaître davantage sur une personne déjà aimée et qui inspire l’admiration. Cette reconnaissance peut revêtir, suivant les cultures, des formes diverses : rassemblement spontané sur la tombe de la personne vénérée, célébrations de Requiem, suivies d’hommages aux dates anniversaires de la naissance ou de la mort, collection d’objets lui ayant appartenu, photographie particulièrement vénérée et même icône ; volonté d’apposer une plaque, une croix, un signe à l’endroit où s’est accompli l’exploit, publication de livres, d’articles sur le défunt, tournage de films, symposiums, etc.

Dans le cas de mère Marie, la bibliographie des oeuvres écrites à son sujet comporte, toutes langues confondues, plus de cent titres. Il y a quatre films sur sa vie, des émissions de télévision, et même une cantate écrite par I. Jvanetskaïa, qui fut interprétée à Moscou, en 1996, par une cinquantaine de musiciens. Plusieurs icônes ont été peintes, portant la mention "martyre" et présentant un nimbe. La plupart de ces témoignages mentionnent également le père Dimitri Klépinine, Youri Skobtsov et Élie Fondaminsky. Les orthodoxes considèrent ce type de "reconnaissance avant la lettre" comme l’expression de la ferveur du peuple chrétien, qui pousse l’évêque à entamer une démarche de canonisation. Il n’y a pas de "procès de canonisation", ni d’"avocat du diable", si ce n’est qu’il se trouve, hélas, des esprits chagrins qui ne retiennent que les anecdotes cruelles colportées par ceux que le "prophétisme" du saint a dérangé.

Reliques et miracles

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