Conférence diocésaine du 1er octobre 2005

La première conférence diocésaine organisée par l’archevêché s’est déroulée, le 1er octobre dernier, à l’Institut de théologie orthodoxe de Paris (Institut Saint-Serge).

Placée sous la présidence de l’archevêque Gabriel, qui est à la tête de l’archevêché, cette rencontre, la première du genre, avait pour thème « Comment construire l’Eglise locale ? », sujet qui a été développé dans une communication présentée par l’évêque Kallistos (Ware), évêque auxiliaire de l’archidiocèse du patriarcat œcuménique en Grande-Bretagne et professeur émérite à l’université d’Oxford, auteur de nombreux livres et articles sur la théologie, l’histoire et la spiritualité de l’Eglise orthodoxe. La conférence a rassemblé une centaine de personnes, dont environ vingt prêtres, venues de France, de Belgique, des Pays-Bas, d’Allemagne et du Danemark.

La rencontre avait été précédée par la célébration d’une liturgie eucharistique, présidée par l’évêque Michel, évêque auxiliaire, recteur de la paroisse Saint-Serge, dans l’église Saint-Serge, assisté par l’Archiprêtre Nicolas Ozoline et l’Archimandrite Job, tous deux prêtres à la paroisse Saint-Serge et professeurs à l’Institut Saint-Serge.

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Liturgie du 1er octobre 2005
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Café après la liturgie

Après un café servi par les étudiants dans le réfectoire de l’Institut, la séance a été ouverte par le chant du "Roi céleste" et quelques paroles de bienvenue de l’archevêque Gabriel, qui a remercié Mgr Kallistos d’avoir bien voulu accepter de prendre la parole lors de cette rencontre, et Mgr Michel pour sa présence. Ensuite, Michel Sollogoub, secrétaire du conseil de l’archevêché, qui devait animer les débats en qualité de modérateur, a présenté les objectifs de cette rencontre, soulignant qu’il s’agissait d’une première initiative de ce genre décidée par le Conseil Diocésain avec la bénédiction de Mgr Gabriel. Il a indiqué que des conférences diocésaines, ouvertes à tous, devraient être organisées dorénavant annuellement, les assemblées diocésaines générales clérico-laïques qui se réunissent tous les trois ans et sont trop souvent axées sur des questions d’ordre administratif et matériel ne permettant pas l’approfondissement de questions de fond. En effet, a-t-il poursuivi, face à des thèmes tels que celui de l’Eglise locale, « un thème qui nous préoccupe tous depuis longtemps » et qui « ces dernières années a pris un tour aigu », a-t-il dit, il ne s’agit pas de s’engager dans « la confrontation », mais dans « l’approfondissement de la réflexion ». La Conférence diocésaine s’inscrit pleinement dans cette démarche et poursuit les travaux de réflexion engagés sur le thème de la construction de l’Eglise locale, sur ce qu’est l’Église, lors de la réunion pastorale du 1er novembre 2004 et au cours de la réunion élargie du Conseil de l’Archevêché du 23 juin 2005 (cf. communiqué 05-05 du Conseil).

“L’Église organisme eucharistique”

Mgr Kallistos a ensuite donné lecture de sa communication qui s’est articulée autour de trois axes. Dans un premier temps, à partir d’une lecture du Pasteur d’Hermas, il a rappelé le sens de l’Église comme "mystère" ("mysterion") où se manifeste le Corps du Christ : « l’Église n’est pas une organisation, elle n’est pas une société ou une corporation, mais elle est plutôt un organisme, un corps, un corps divino-humain, théanthropique, le Corps du Christ vivant. » « Si nous voulons construire une Église locale, nous ne devons pas sous-estimer cette réalité fondamentale : l’Église comme mystère, mystère vivant, mystère partout présent, mystère de la grâce divine », a-t-il dit, avant d’insister sur le fait que « la tâche spécifique de l’Église sur terre est précisément de célébrer l’eucharistie ». De cette « ecclésiologie eucharistique » découlent « trois conséquences d’une grande importance » : premièrement, « l’Église est organisée selon le principe territorial, et pas selon le principe ethnique » ; deuxièmement, la paroisse, en tant que lieu de l’assemblée eucharistique par excellence, possède une valeur primordiale ; troisièmement, "il ne peut y avoir qu’un seul évêque" en un lieu donné.

L’organisation canonique en diaspora

Dans un deuxième temps, Mgr Kallistos a abordé les problèmes soulevés par l’organisation canonique des communautés orthodoxes de la "diaspora" : « Nous sommes d’accord sur [...] notre objectif à long terme : un seul évêque dans chaque lieu ; et tous les évêques dans chaque pays, ou région, unis autour du même métropolite local, selon les principes du 34e canon apostolique. Mais nous ne sommes pas encore d’accord sur la voie qu’il faut suivre pour atteindre cet objectif. » Pourtant, a-t-il poursuivi, « Si nous nous demandons : “L’unité orthodoxe viendra-t-elle d’en-haut ou d’en-bas ?”, la seule réponse concrète est, à mon avis, “Des deux !” ». Une solution définitive ne peut en effet venir que d’un concile panorthodoxe (“d’en haut”), mais implique « la recherche de l’unité au niveau local » (“d’en bas”) : « L’unité n’est pas qu’un don, c’est une tâche à accomplir. L’unité canonique, la formation d’une véritable Eglise locale, arrivera uniquement quand il y aura pour elle un désir ardent, un sentiment puissant et irrésistible d’urgence parmi tous les fidèles en chaque lieu », car, a-t-il ajouté, « ni un concile œcuménique, ni le patriarcat de Constantinople, ni celui de Moscou, ni aucune autre Eglise-mère, ne peuvent créer une nouvelle Eglise locale. Le plus qu’ils puissent faire, c’est de reconnaître une telle Eglise. Mais l’acte de création doit être accompli sur place, localement ».

Les événements récents

Dans une troisième partie, Mgr Kallistos a abordé « la lettre que le patriarche de Moscou Alexis II a écrit le 1er avril 2003 », dans laquelle ce dernier propose la création d’une métropole réunissant les paroisses des différentes juridiction d’origine ou de tradition russe en Europe occidentale sous l’autorité du patriarcat de Moscou, « à partir de quoi se dégagerait la possibilité d’une mise en place progressive d’une Eglise locale multinationale, dont l’Eglise russe serait la garante ». La lettre du patriarche Alexis II en tant qu’ « appel à l’unité locale [...] est quelque chose de positif », mais elle suscite des réserves car, d’une part, « il n’y a de référence au patriarche œcuménique, [et] il ne sera pas possible de construire une Église locale sans [sa] participation » et, d’autre part, elle ne tient pas compte ni de la « longue expérience de coopération » qui existe déjà sur place entre les diocèses, avec notamment l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, ni de l’évolution de chacun des diocèses qui, à des rythmes différents, perdent leur caractère mono-ethnique pour devenir pluriethniques. Dans ces conditions, selon l’évêque Kallistos, « il existe une autre approche », qui s’appuie sur le fait que « déjà dans l’Archevêché [...] il y a la promesse d’une Église locale multinationale ». « Si je devais vous donner un avis, [...] je vous engagerais vivement à continuer votre œuvre pastorale sous l’`omophorion’ du patriarcat œcuménique, qui n’a jamais rien fait pour vous ‘hélléniser’ et qui vous donne la pleine liberté de continuer à suivre votre vocation, de préparer la voie pour l’établissement d’une Eglise locale, en communion de prière et d’action avec tous les orthodoxes de ce pays ».

Questions

Après la communication, une dizaine de personnes ont pris la parole pour poser des questions à Mgr Kallistos, ou faire part de leur propre réflexion. Se sont ainsi exprimés le Protopresbytre Boris Bobrinskoy, doyen de l’Institut Saint-Serge, l’Archiprêtre Nicolas Cernokrak, recteur de la paroisse Saint-Séraphin-de-Sarov à Paris, l’Archiprêtre Jean Gueit, recteur de la cathédrale Saint-Nicolas à Nice et de la paroisse Saint-Hermogène à Marseille, l’Archiprêtre Théodore van der Vort, paroisse de Deventer (Pays-Bas), MMmes Elisabeth Behr-Sigel (paroisse de la crypte de la Sainte-Trinité à Paris), Irène Krivov (paroisse de Chelles), Lydia Lovsky (paroisse de Tours), Elisabeth Toutounov (paroisse d’Issy-les-Moulineaux), MM. Georges Jakovlev (paroisse Notre-Dame-du-Signe à Paris), Edouard Laham (paroisse de la crypte), Michel Milkovitch (paroisse Saint-Serge), Séraphin Rehbinder (paroisses de Chambésy-Genève), Georges von Rosenschild (chapelle de Clamart). Parmi les questions posées : « Dans la construction d’une Église locale réunissant tous les orthodoxes d’un même lieu, pourquoi ne pas s’unir d’abord avec ceux qui nous sont plus proches, à l’assemble des juridictions russes, comme le préconise le patriarche de Moscou ? », « Que faire d’ici le concile panorthodoxe, dont on est encore loin ? », « Est-ce que le patriarcat de Constantinople peut aller plus en avant avec audace et redéfinir le sens de sa primauté ? », « Comment s’inscrit la problématique d’une Eglise orthodoxe locale en Occident face à Rome ? », « Quel est le sens de l’adjectif ‘local’ ? », « Peut-on parler d’une Église locale, sans prendre en compte les langues ou le calendrier des sociétés où l’on vit ? ».

Répondant à ces différentes questions, Mgr Kallistos a insisté sur le besoin d’"imagination" : « Il faut avoir une vision », a-t-il dit. « Quand nous parlons de l’Eglise locale, il faut aussi souligner l’importance de l’unité dans la diversité, ce qui implique une ouverture envers les autres, envers les différentes traditions ecclésiales, envers les différentes cultures nationales » ? a-t-il encore affirmé. À ce propos il a cité l’exemple d’Oxford, où il existe depuis plus de trente ans deux paroisses, l’une relevant de l’archidiocèse du patriarcat œcuménique en Grande-Bretagne, l’autre du diocèse du patriarcat de Moscou, mais qui partagent un seul et même lieu de culte, où le clergé et les fidèles des deux communautés célèbrent ensemble, sans que cela ne suscite le moindre problème ni canonique ni pastoral. L’église a même été consacrée par trois évêques de trois patriarcats différents. Quant à savoir si une paroisse peut changer de juridiction selon son gré, Mgr Kallistos, a répondu qu’une telle chose est possible et s’est déjà vue en Angleterre, mais que cela doit se faire suivant les règles ecclésiales, d’un commun accord et après une concertation entre les évêques, pas de manière sauvage et unilatérale.

« Le morcellement en juridictions sur des critères ethniques est le résultat de causes historiques connues. Au commencement des différentes émigrations, les Eglises-mères ressentaient la nécessité de s’occuper de leurs fidèles, mais il faut aujourd’hui surmonter cela, car cette situation était provisoire. [...] Il faut maintenant passer à un autre stade dans notre existence », a encore déclaré Mgr Kallistos. « En attendant le concile panorthodoxe, il faut développer dans notre vie ecclésiale locale un esprit conciliaire. Et cela commence ici, dans nos paroisses », a-t-il encore affirmé, insistant sur la nécessité d’établir des contacts interparoissiaux, des rencontres interdiocésaines, des réunions interpastorales. « Il faut des célébrations ensemble, plus souvent, pas seulement une fois par an, le dimanche de l’orthodoxie. Dans les grands congrès, comme le congrès orthodoxe d’Europe occidentale, il faut que tous les évêques, que les prêtres viennent, tous », a-t-il dit. Il est certain que l’organisation canonique d’une Eglise locale doit se faire à la lumière du 34e canon apostolique qui définit le rapport entre le primat et les autres évêques d’une région donnée à l’image des relations trinitaires, a-t-il encore indiqué, précisant que, selon lui, « ce canon est valable tant au niveau local qu’au niveau panorthodoxe ».

Conclusion

De gauche à Droite : Monseigneur Gabriel, Monseigneur Michel et Monseigneur Kallistos

Dans son intervention de conclusion, Mgr l’Archevêque Gabriel s’est félicité pour la qualité du débat, où toutes les opinions présentes dans l’archevêché ont eu l’occasion de s’exprimer. « Il faut se rencontrer, parler ensemble, pour répondre en commun à cette tâche qu’est l’édification de l’Église locale », a-t-il dit, car « nous avons mission de fonder et de vivre l’Eglise locale », pas tous seuls, bien entendu, mais avec les orthodoxes des autres juridictions présentes dans nos pays, pas en rupture avec nos Eglises-mères ou nos Eglises d’origine, mais avec leur soutien et leur encouragement. « Personne n’exige de qui que ce soit d’oublier ses racines religieuses ou culturelles », a-t-il encore affirmé à l’adresse de ceux qui s’inquiètent de voir leur identité russe se dissoudre dans une orthodoxie locale : « Vous avez reçu la foi, la tradition, la culture de vos parents, c’est une chose magnifique, mais aujourd’hui c’est à vous de transmettre cette foi et cette tradition orthodoxe à vos enfants ». Mgr Gabriel a tenu à remercier les membres de l’association OLTR présents à la conférence et les a invités au dialogue, rappelant qu’il était toujours prêt à les rencontrer et à discuter avec eux, comme avec chaque membre de l’Archevêché.

La rencontre s’est achevée par le chant de l’hymne à la Mère de Dieu.

Des photos de la journée sont disponibles à l’adresse suivante

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