80 ans de l’Institut Saint-Serge

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Un colloque scientifique international s’est tenu du 5 au 8 octobre 2005 à l’Institut de Théologie orthodoxe à Paris, à l’occasion de ses 80 ans, ayant pour thème « L’Institut Saint-Serge hier et aujourd’hui, réunissant une centaine de participants parmi lesquels on notait d’anciens étudiants de l’Institut et d’éminents théologiens. Le colloque a été ouvert par le Recteur de l’Institut, S.E. l’archevêque Gabriel de Comane qui rappela brièvement le rôle historique qu’a joué l’Institut Saint-Serge dans le renouveau théologique du 20e siècle. Un message de S.S. le patriarche œcuménique Bartholomée a été lu par son représentant, S.E. le métropolite Emmanuel de France, dans lequel un hommage a été rendu aux fondateurs de l’Institut qui, depuis quatre-vingts ans, « peut se glorifier dans le Seigneur, avec le très saint Trône œcuménique, d’avoir grandement contribué à la diffusion de l’orthodoxie dans le monde occidental, mais aussi à la formation théologique solide de centaines de personnes dont la plupart servirent et servent l’Église de façon agréable à Dieu en qualité d’évêques, de prêtres et de théologiens laïcs ». D’autres messages de félicitations ont été transmis de la part de S.E. l’archevêque Léon de Carélie et de toute la Finlande, de S.E. le métropolite Joseph de la métropole orthodoxe roumaine en Europe occidentale et méridionale, de S.E. le métropolite Daniel de Moldavie et Bucovine, de S.E. l’évêque Kallistos de Diokleia (Oxford), de S.E. l’évêque Hilarion (Alfeyev) de Vienne et Budapest, de l’archimandrite Basile, higoumène du Saint Monastère d’Iviron (Mont Athos), du Monastère Saint-Jean-le-Baptiste (Maldon, Essex) du monastère bénédictin de Chevetogne, de la Fédération protestante de France, de l’Institut Catholique de Paris, de l’Université Saint-Tikhon à Moscou, de l’Institut pour les études chrétiennes orthodoxes de Cambride, et de la Faculté de théologie orthodoxe de l’université de Cluj Napoca. Le programme du colloque, abondant en communications d’un très haut niveau académique, était composé de sept sessions.

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Père Boris

La première session du colloque fut consacrée au rayonnement de l’Institut Saint-Serge. Le protopresbytre Boris Bobrinskoy, doyen de l’Institut, a donné un aperçu historique sur l’Institut de Théologie Orthodoxe à Paris, en insistant sur la manifestation, à travers son histoire, de la main de Dieu et de saint Serge, sur son impact dans l’organisation ecclésiale, sur l’importance de la liberté théologique et sur le climat de confiance qui y règne en ce qui concerne les relations inter-orthodoxes et le dialogue œcuménique. Le frère Hyacinthe Destivelle, op, directeur du Centre Istina à Paris a présenté un exposé intitulé « Des académies ecclésiastiques russes à l’Institut Saint-Serge : continuité et évolutions », dans lequel il a présenté trois courants d’écoles ecclésiastiques dans la Russie d’avant le concile de 1917-18 (scolastique, pan-moraliste et historico-critique). Il a souligné que l’Institut Saint-Serge est le seul établissement qui, après la révolution bolchévique, a appliqué les décisions du concile de Moscou quant à la réforme de l’enseignement théologique et à la vocation des académies religieuses.

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Père Grigorios

Le père Ioan Bizau, de l’Université de Cluj, a parlé de l’influence de l’Institut Saint-Serge sur la théologie roumaine, particulièrement à travers les œuvres de P. Evdokimov et O. Clément ainsi que des Pères G. Florovsky, S. Boulgakov, N. Afanassieff, A. Schmemann, J. Meyendorff, A. Kniazeff, B. Bobrinskoy, J. Breck, N. Ozoline, P. Deseille. Il a également rappelé les liens qui unissaient l’Institut et le grand théologien roumain, D. Staniloe, docteur honoris causa de l’Institut Saint-Serge. L’archimandrite Grigorios (Papathomas), professeur à l’Institut, a présenté « Un projet européen pour l’avenir de la théologie en Europe » dans le cadre de la Commission Européenne et du Forum européen des facultés de théologies orthodoxes, créé le 7 octobre 2004 à Sofia (Bulgarie).

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La deuxième session du colloque fut consacré à la philosophie religieuse. L’Archiprêtre Henryk Paprocki du Séminaire et de l’Académie de théologie de Varsovie (Pologne) a parlé de la réception de la philosophie religieuse russe en Pologne, et plus particulièrement, des œuvres de N. Berdiaev, A. Khomiakov, V. Soloviev, P. Florensky, S. Boulgakov et N. Lossky. Le père Milan Zust, sj, du Centre Aletti à Rome a parlé le défi que pose la pensée religieuse de Pavel Florensky pour l’Institut Saint-Serge qu’il a présenté comme un pont entre l’expérience du monde orthodoxe et celle du monde occidental. Le professeur Constantin Sigov de l’Université Pierre Mohyla à Kiev a parlé de l’actualité de la pensée de l’archiprêtre B. Zenkovsky, inspiré par le « génie du contexte » l’ayant amené à surmonter la rupture entre la théorie et la pratique et à manifester une sagesse pratique pour traiter des problèmes les plus brûlants dans la vie de l’Église et la culture. Le professeur Nikita Struve (Paris) a quant à lui parlé de l’œuvre théologique du Père Serge Boulgakov en s’interrogeant si elle ne constituait pas un héritage oublié. Il a caractérisé le génie du père Serge par l’antinomie du mystique visionnaire et du penseur rationnel tout en rappelant la sainteté de sa vie et ses qualités de liturge, pasteur, professeur et prédicateur. Jean-François Colosimo, maître de conférences à l’Institut, a remarqué les singularités de la théorie sophiologique du père Serge Boulgakov en soulignant ses liens avec l’idéalisme allemend. Bertrand Vergely, maître de conférences à l’Institut, a fait un exposé intitulé « Éthique. Morale. Valeurs. Mise au point sur la relation entre morale et théologie » où il a qualifié la morale de « leçon d’émerveillement » et a souligné la crise de la définition moderne de l’homme.

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Père Job

La troisième session du colloque a été consacrée à la théologie liturgique. L’archimandrite Job (Getcha), professeur à l’Institut, a présenté la notion de « théologie liturgique » chez le Père Cyprien Kern. Ce dernier œuvra à ce que l’étude de la liturgie soit considérée non seulement comme une discipline pratique ou archéologique, mais une matière, voire même une méthode théologique à part entière. Le père Paul De Clerck de l’Institut Supérieur de Liturgie à Paris a quant a lui exposé la pensée de Dom B. Botte, auteur d’une méthode que l’on peut qualifier « d’exégèse liturgique », et des Semaines liturgiques de Saint-Serge dont il fut l’un des fondateurs avec le Père Cyprien Kern. Le père Marcel Metzger de l’Université de Strasbourg a présenté l’étude de la liturgie, comme théologie pastorale, dans les Semaines liturgiques de Saint-Serge, en rappelant que la liturgie est le véhicule de la pastorale, de la catéchèse et de la prédication. Le professeur André Lossky de l’Institut a fait quelques remarques sur la notion de symbolisme dans les œuvres de l’archevêque Georges Wagner et du père Alexandre Schmemann. Le professeur Petri Piiroinen de l’Université de Joensuu s’est quant à lui penché sur quelques difficultés dans les traductions de la Divine Liturgie de Saint Jean Chrysostome. L’archiprêtre Nicolas Ozoline, professeur à l’Institut, a fait un exposé intitulé « La descriptible indescriptibilité » où il a rappelé les fondements de l’iconographie chrétienne. Alexis Chryssostalis, doctorant, a quant à lui présenté l’approche de l’iconoclasme et de la théologie d’Eusèbe (dans la lettre à Constantia) par le Père Georges Florovsky, lequel avait souligné la filiation de l’iconoclasme à l’origénisme et d’une manière générale au néo-platonisme ainsi que la difficulté pour les iconoclastes d’intégrer l’incarnation en tant que réalisme sacré.

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Père Boris et Michel Stavrou

La quatrième session du colloque fut consacrée à l’ecclésiologie eucharistique. Le professeur Michel Stavrou de l’Institut a d’abord souligné la diversité ecclésiologique de l’École de Paris en insistant sur cinq auteurs : Boulgakov, Florovsky, Lossky, Afanassieff et Evdokimov. Il a rappelé qu’aucune image ne peut rendre de façon complète la nature de l’Église qui demeure un mystère et que la pluralité à travers laquelle est envisagée l’ecclésiologie par l’école de Paris est un exemple montrant comment on peut assumer librement la Tradition. L’archiprêtre Nicolas Makar, vice-recteur de l’Académie de Théologie de Kiev s’est penché sur le ministère des laïcs dans les œuvres du père Nicolas Afanassieff, en rappelant le contexte dans lequel celles-ci furent composées et les mises en garde que fait l’auteur sur ce sujet. Le protopresbytre Georges Marnellos de l’Académie Ecclésiastique Supérieure de Crète a présenté la personne du prêtre et l’ecclésiologie eucharistique dans la pensée théologique de l’Institut Saint-Serge et plus particulièrement dans l’œuvre du père Nicolas Afanassieff. Mme Ysabel de Andia, professeur à l’École cathédrale à Paris et chercheur au CNRS, a présenté le sujet de l’Église et l’Eucharistie chez les pères Nicolas Afanassieff et Henri De Lubac. Le père Yves-Marie Blanchard, directeur de l’Institut Supérieur d’Etudes Œcuméniques, a quant à lui parlé de la théologie eucharistique d’Hilaire de Poitiers dans sa relation à l’ecclésiologie.

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Diacre Nicolas Lossky
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Sophie Deicha

La cinquième session du colloque était intitulée « Témoignage orthodoxe dans le mouvement œcuménique ». Le diacre Nicolas Lossky, professeur de l’Institut, a rappelé la participation des grandes figures de l’Institut Saint-Serge au mouvement œcuménique. Sophie Deicha s’est quant à elle concentré sur la contribution du père Serge Boulgakov au dialogue œcuménique.

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Monseigneur Séraphin d’Allemagne

Le métropolite Serafim de la métropole orthodoxe roumaine en Allemagne a présenté un témoignage sur la nécessité de la participation et de la contribution des orthodoxes au mouvement œcuménique. Tatiana Bogdanova, chercheur à Saint-Pétersbourg, a présenté le point de vue de N. N. Gloubokovsky, un des tous premiers professeurs de l’Institut, sur l’unité des chrétiens.

La sixième session du colloque était consacrée à l’herméneutique biblique orthodoxe. Françoise Jeanlin, maître de conférences à l’Institut, a fait un exposé intitulé « Exégèse critique et herméneutique biblique orthodoxe » où elle a rappelé l’importante contribution en cette matière des professeurs S. Boulgakov, A. Kartachov et A. Kniazeff. Elle a souligné les l’aspects divino-humain de l’Ecriture Sainte de même que les deux niveaux d’interprétation (litéral et spirituel) en notant que la limite pour l’interprétation de celle-ci est la Tradition de l’Église exprimée dans sa liturgie. L’archiprêtre Nicolas Cernokrak, professeur à l’Institut, a parlé de la contribution de l’évêque Cassien (Bezobrazoff) aux études bibliques en se concentrant sur les questions théologiques développées par ce dernier dans sa thèse doctorale consacrée à la christologie de l’évangile de Jean. L’archimandrite Jacques (Khalil) de l’Université de Balamand a présenté une étude sur la doctrine de la justification par la foi selon saint Paul d’un point de vue orthodoxe. Une communication d’Alexandre Klementiev de l’Institut d’Histoire de Saint-Petersbourg sur le dictionnaire biblique du professeur Gloubokovsky dont il est l’éditeur a été lue en son absence.

La septième et dernière session du colloque été consacrée à la synthèse néo-patristique. Vassa Conticello, maître de conférences à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes à Paris a fait ne communication où elle a proposé un nouveau découpage de l’Expositio Fidei de saint Jean Damascène qui rend son plan plus logique et où ce monument patristique apparaît comme une fresque théologique exhaustive, où Damascène synthétise la pensée de Maxime le Confesseur en la rendant plus accessible. L’archimandrite Nicolas (Ioannidis) de l’Université d’Athènes a fait un exposé panoramique sur les études de saint Grégoire Palamas où il a rendu un hommage aux grands pionniers en cette matière : Kern, Krivocheine, Meyendorff, Lossky - dans le monde russophone, Papamikhaïl, Christou, Romanides et Trembelas - dans le monde hellénophone. Le professeur Joost Van Rossum de l’Institut a fait une intervention intitulée : « Une ‘théologie des faits’. Le Christ dans la pensée théologique du P. Georges Florovsky et du P. Jean Meyendorff », où il a montré la contribution de ces deux grands théologiens en christologie, en attirant l’attention sur certains points de divergence. L’archimandrite Placide (Deseille), professeur de l’Institut, a quant a lui évoqué quelques souvenirs d’entretiens personnels avec le Père Cyprien Kern sur saint Maxime le Confesseur, où ce dernier aimait rappeler la continuité de la pensée patristique et souligner l’accent mis par saint Maxime sur la divinisation de la nature humaine par le Christ. La dernière session du colloque s’est achevée par une contribution du professeur Dimitri Schakhovskoy de l’Institut sur la figure de saint Serge hier et aujourd’hui.

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Durant tout le colloque, une exposition de photos a tenté de retracer toute l’histoire de l’Institut, depuis sa « préhistoire » (la colline luthérienne), sa fondation, jusqu’à nos jours. De même, une soirée a été consacrée à une projection d’anciens films montrant la vie de l’Institut à ses débuts, à l’époque du métropolite Euloge, ainsi que des scènes plus récentes, à l’époque du père Alexis Kniazeff.

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Le feu sur la Terre
Recueil en l’honneur de 80 ans du père Boris Bobrinskoy

Une soirée a également été consacrée aux Presses de l’Institut Saint-Serge qui ont annoncé la parution imminente de la version française des mémoires du métropolite Euloge, fondateur de l’Institut, et où un recueil de mélanges intitulé « Le feu sur la terre » a été offert au père Boris Bobrinskoy à l’occasion de ses quatre-vingts ans.

Le colloque des 80 ans de l’institut Saint-Serge s’est terminé, samedi 8 octobre par la célébrations de la divine Liturgie eucharistique, en la mémoire de Saint Serge de Radonège, en l’église Saint-Serge.

Six évêques étaient présent :
- Monseigneurs Gabriel, archevêque et recteur de l’Insitut Saint-Serge, qui présidait la célébration.
- Monseigneur Michel, évêque auxiliaire de l’archevêché et recteur de la Paroisse Saint-Serge.
- Monseigneur Paul, évêque à la retraite.
- Monseigneur Emmanuel, de la métropole grecque de France, président de l’AEOF.
- Monseigneur Séraphin, Métropolite d’Allemagne de la Métropole Roumaine d’Europe centrale.
- Monseigneur Grégoire, évêque au Cameroun (Patriarcat d’Alexandrie).

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Quatre des évêques présents concélébraient la Liturgie. Ils étaient assistés de quatorze prêtres et quatre diacres relevant de diverses juridictions (Métropole grecque de France relevant du Patriarcat œcuménique, Diocèse de Chersonèse du Patriarcat de Moscou, Église russe Hors-Frontières, Métropole Roumaine d’Europe occidentale et méridionale du Patriarcat de Roumanie).

[...]

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La liturgie se termina, comme il est d’usage lors de la Saint-Serge, par une procession autour de l’église.

JPEG - 1.7 Mo À la fin de la liturgie, Monseigneur Gabriel a offert à Monseigneur Michel une croix en l’honneur de ses dix ans d’épiscopat ; Monseigneur Gabriel en profita pour évoquer comment, alors qu’il était encore jeune diacre, au milieu des années 1970, il avait été accueilli à la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky à Paris par Mgr Michel, à l’époque protodiacre de la cathédrale, et combien il s’était efforcé de suivre l’ exemple qu’il lui avait donné dans les célébrations liturgiques.


On peut trouver aux adresses internet suivantes quelques album photos du colloque et de la liturgie. À ce sujet, les photos ci-jointes du colloque proprement dit sont extraits des deux premiers albums.
- http://www.flickr.com/photos/orthod...
- http://www.orthodoxesaparis.org/blo...
- http://www.orthodoxesaparis.org/blo...

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