Rapport du Père Alexis Kniazeff - Troisième Partie

Quelle est donc la solution concrète de toutes les questions qui se posent à l’Assemblée, solution que la Commission Canonique et le Conseil de l’Archevêché lui proposent ? Avant que d’en parler, il est de mon devoir de faire ressortir qu’en élaborant ces propositions, ces deux organes ont apporté la plus la plus grande attention au passé aussi bien qu’à la situation actuelle de notre Église et à l’avenir qui s’ouvre à elle. Ils ont consacré tous leurs efforts afin de garder intactes toutes nos traditions ecclésiales et confirmer tout l’acquis de notre passé, afin aussi de tenir compte de toutes les circonstances dans lesquelles l’Exarchat russe provisoire du Trône Œcuménique a été supprimé et l’indépendance de l’Archevêché a été proclamée. La Commission Canonique et le Conseil se sont également efforcés de satisfaire les vœux qui leurs ont été soumis par nos paroissiens, considérer toutes les tendances, écouter chaque avis, tout en s’en tenant à la stricte égalité ecclésiastique et en se souciant de ne fermer aucune possibilité future. Dans leur jugement, la Commission et le Conseil ont observé la plus grande prudence canonique et ecclésiale.

Voici ce qu’en conséquence il soumettent à l’approbation de l’Assemblée :

  1. Se joindre à la déclaration d’indépendance de notre Église, proclamée le 30 décembre 1965, l’adopter et la confirmer à la plus forte majorité possible, en se rappelant que cette indépendance est le seul moyen de défendre notre entité ecclésiastique et le seul gage pour continuer notre vie et notre développement en commun.

  2. Définir notre Église, en tant que l’Archevêché. Il y en a qui s’étonnent, peut-être, que nous parlions d’un Archevêché et non pas d’une Métropole. C’est que ce nom-là convient plus que celui-ci à un membre indépendant de l’Église. Dans l’ancien temps, un archevêque était placé à la tête des entités ecclésiastiques, et ainsi que l’indique ce titre, l’archevêque était le chef des évêques. Ceux des grandes villes, les métropolites, lui étaient soumis. En vertu de cette disposition, dans la plupart des Églises orthodoxes, le rang et la fonction de l’archevêque sont plus élevés que ceux du métropolite, dénomination qui a souvent été étendue à tous les évêques diocésains. Il en est ainsi dans le Patriarcat Œcuménique, dans l’Église d’Hellade, dans la Bulgare, dans les Patriarcats du Proche-Orient, etc. N’oublions pas que dans la hiérarchie du Patriarcat Œcuménique, notre Archevêque, le chef de l’Ancien Exarchat russe, était le second par le rang ; il était précédé de l’Archevêque d’Amérique et suivi de celui d’Australie. Ce rang est celui des chefs des Églises autocéphales qui ne sont pas des Patriarcats : celles d’Hellade, de Chypre, du Sinaï. Le même titre est porté par le chef de l’Église autonome de Finlande.
    Pour ce qui est de la position particulière de l’Église russe, où le métropolite est supérieur à l’archevêque, elle s’explique par son histoire. Depuis le baptême de la Russie, le chef de son Église était un métropolite. À mesure que celle-ci croissait par le nombre et l’étendue du territoire, elle se divisait en des diocèses de plus en plus nombreux qui, naturellement, dépendaient d’abord du Métropolite de Kiev, puis de celui de Moscou. Avec le temps, certains évêques diocésains, comme par exemple celui de Novgorod, furent nommés archevêques par Constantinople en même temps qu’ils en obtenaient une certaine autonomie par rapport au Métropolite. Ensuite, au moment de la création du Patriarcat, le Métropolite, chef de l’Église russe, devint Patriarche de Moscou et de toute la Russie. Après les réformes de Pierre le Grand, le titre de métropolite, comme celui d’archevêque, devint une simple récompense attribuée par l’autorité ecclésiastique supérieure ; récompense qui pouvait d’ailleurs être donnée sans rapport avec le rang du diocèse tenu par l’évêque gratifié.
    Aussi bien, compte tenu de ces faits et surtout de nos relations avec les autres Églises, le chef de notre entité indépendante doit continuer d’être un Archevêque.

  3. Affirmer solennellement que nous restons indissolublement liés avec notre passé et, surtout, que nous témoignons de l’origine russe de notre Archevêché, qui appartient à la tradition ecclésiale russe, et de notre fidélité spirituelle à l’Église russe, à la Russie, à sa culture et à son peuple. Sur ce point, il sera proposé à l’Assemblée d’adopter une résolution spéciale.

  4. Donner à notre Église un nouveau titre qui corresponde à sa situation canonique. Ce titre doit énoncer le caractère local de notre Archevêché, lesquel lui donne son fondement canonique ; il doit indiquer sa relation avec les pays d’Europe occidentale où se sont fixés les clercs et les laïcs qui le composent et où il se trouve lui-même sous la protection des autorités civiles. D’autre part, ce titre doit rappeler l’origine russe de l’Archevêché, son lien constant avec la tradition de l’Église russe et la nature de la majorité de ses paroisses et communautés. Néanmoins, du moment que nous ne sommes pas canoniquement subordonnés à l’Église russe et que nous sommes indépendants, nous n’avons le droit de parler de nous-mêmes que comme de Russes qui se trouvent dans la dispersion.
    En vertu de ce qui précède, la Commission Canonique et le Conseil vous proposent de nous intituler ainsi : « Archevêché orthodoxe de France et d’Europe occidentale et des paroisses russes de la Diaspora en Europe occidentale ». L’Assemblée est appelée à voter sur cette dénomination quand elle aura à se prononcer sur l’article premier de nos nouveaux statuts, lequel l’explique et souligne que l’Archevêché est le successeur direct de l’Exarchat provisoire des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale, supprimé par le décret du Patriarche Athénagoras I, en date du 22 novembre 1965.

  5. Ce faisant, s’efforcer de conserver plus qu’une relation purement spirituelle avec le Trône Œcuménique, sous la protection duquel nous nous sommes trouvés depuis 35 ans. Nous n’avons pas encore l’expérience d’une vie indépendante et, par conséquent, nous avons un besoin vital de profiter de la direction paternelle du Premier Évêque de l’Église orthodoxe. Donc, les statuts soumis à l’approbation de l’Assemblée prévoient :

    a) à l’art. 10, que le nom de S. S. le Patriarche Œcuménique soit commémoré par le chef de l’archevêché aux offices ;
    b) à l’art 41, que l’arbitrage du Patriarche Œcuménique [soit] obligatoirement sollicité dans certains cas difficiles.



  6. Adopter les statuts de l’Archevêché. Le projet en avait été élaboré par la Commission Canonique dès avant les événements qui ont suivi la communication de la lettre patriarcale du 22 novembre. Il a été ensuite mis au point par la Commission et par le Conseil conformément à notre situation nouvelle d’indépendance. Les traits principaux et les particularités de ces statuts seront exposés à l’Assemblée dans un rapport spécial que le Président de la Commission Canonique présentera lui-même. En conséquence de ce nouveau texte, l’Assemblée sera aussi appelée à élire des évêques pour occuper nos nouvelles chaires, les membres du Conseil de l’Archevêché, ceux de la Commission de Vérification des Comptes et ceux du Tribunal Ecclésiastique.

  7. Apporter au statut sous lequel notre Archevêché est enregistré auprès des autorités françaises les amendements que notre situation nouvelle rend aussi nécessaires, car la loi française exige que toute modification canonique d’une Église se trouvant sous le territoire de l’État soit officiellement entérinée dans son statut. Ces amendements feront également l’objet d’un rapport, présenté à l’Assemblée par un juriste français, spécialiste du droit civil ecclésiastique.

  8. Proclamer solennellement par une résolution canonique qu’en acceptant la déclaration d’indépendance, l’Assemblée demeure immuablement fidèle à toute la doctrine de la Sainte Église orthodoxe, à toute se tradition dogmatique et canonique et qu’elle lui reste entièrement obéissante. En foi de quoi, s’il en était ainsi décidé par un Concile panorthodoxe, qui exprime authentiquement le sentiment de l’Église, l’Archevêché serait disposé à intégrer son être dans une organisation ecclésiastique plus vaste qu’il conviendrait à un tel Concile, aux fins de l’unité de l’Église et si Dieu l’accorde, de constituer pour les parties de la chrétienté orthodoxe qui, par la volonté de Dieu et par suite de circonstances historiques, sont apparues et existent aujourd’hui en dehors des régions du monde traditionnellement peuplées d’orthodoxes.
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