Message de Noël 2005 de Sa Sainteté Bartholomée, Patriarche œcuménique

† Bartholomée, par la grâce de Dieu Archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome, et Patriarche Œcuménique, à tout le plérôme de l'Église, grâce, miséricorde et paix du Christ Sauveur né à Bethléem

« Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. » (Jn 3,16.)

Frères et sœurs, enfants bien-aimés dans le Seigneur,

L’âme humaine éprouve le besoin d’être aimée. Très répandue surtout chez les jeunes, l’absence de sens de la vie est due au manque d’amour. Nos semblables, dans leur majorité, sont prisonniers de leurs ambitions personnelles et cherchent à remplir le vide de l’amour par l’acquisition de biens matériels, de plaisirs charnels et de gloire humaine. Mais ceux-ci ne remplissent pas le vide de l’âme en quête de reconnaissance personnelle et d’amour.

L’amour existe pourtant en Dieu. Il étreint le monde. Il reconnaît chacun par son prénom et lui est généreusement dispensé. C’est par amour que Dieu a créé l’univers moyennant Son Verbe pour nous faire participer à la joie jaillissant de l’amour personnel unificateur.

Cependant, le premier homme créé et ses descendants jusqu’à présent ont nié l’amour du Créateur à leur égard. Ils ont chassé l’amour de leur cœur. Ils se sont tournés vers la création impersonnelle. Ils ont cherché en vain la reconnaissance de leur existence personnelle dans la supériorité et la satisfaction égocentrique, au lieu d’accepter l’amour qui leur était offert et le rendre en retour. Des sociétés d’antagonisme, de haine et de sang, telles que nous les vivons quotidiennement, en ont résulté.

Pourtant, l’amour de Dieu n’est jamais mis en échec, même lorsque les hommes le refusent.

Ce n’est que par amour que Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, comme un être humain, non pas pour juger le monde dans l’apostasie, mais pour que le monde soit sauvé par Lui. (cf. Jn 3,17.) Il est né dans une humble crèche, de Marie toujours-vierge pour démontrer que la puissance, le prestige et la richesse matérielle, où le monde cherche la joie et le salut, ne sont pas la véritable source de vie et de bonheur. Christ est venu à Bethléem en apportant de nouveau le message de l’amour inconditionnel de Dieu envers l’être humain. Depuis deux mille ans, Il annonce cet amour infini. Il est venu comme un nouveau-né fragile et inoffensif, mais plein d’amour et, pourtant il a été confronté à l’intention d’Hérode de Le massacrer ; Hérode, personnification de l’humanité qui hait l’amour, même lorsque celui-ci est offert par les regards doux et innocents des enfants.

Nombreux parmi les chrétiens contemporains ont reçu une fausse doctrine préconisant Dieu comme juge implacable au-lieu de père affectueux, attendant avec amour et pardon le retour du prodigue. Ils se sont éloignés de Jésus Christ le Dieu incarné, Verbe et resplendissement de Dieu, et du Saint-Esprit qui leur est consubstantiel, de la Trinité vivifiante et aimante. Ils ont ainsi fait de leur société un monde sécularisé, sans espoir en Dieu et sans amour vrai. Ils ont recours à des substituts de l’amour divin, mettant leurs espoirs dans des puissances terrestres, l’étendue de pouvoir, l’accroissement de richesse, l’asservissement de peuples, la globalisation du commerce, la propagation d’idées athées, l’ignorance ou le refoulement de la mort, bref dans tout ce qui semble les libérer de leur désarroi face à l’impasse d’une vie sans amour. Sans y trouver la rédemption, plusieurs se suicident, niant la vie, l’immense don que Dieu a fait à l’homme.

Pourtant, frères et enfants bien-aimés, l’amour de Dieu est indubitable et présent. Notre Seigneur Jésus Christ attend de naître dans le cœur de chacun pour lui apporter le sens de la vie. C’est cela d’être les bien-aimés de Dieu, destinés à prendre plaisir à la vie dans l’amour mutuel. De sentir aussi la plénitude de notre existence dans le fait de notre communion d’amour avec Jésus Christ, le Dieu incarné, avec tous les humains et toutes existences personnelles faites de bonté. « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : Il nous a bénis de toute bénédiction spirituelle (...) Il nous a choisi en lui avant la fondation du monde pour que nous soyons saints et irréprochables sous son regard, dans l’amour. » (Ep 1, 3-4.)

Le fondement et le couronnement, le commencement et la fin, l’alpha et l’oméga de la création, c’est l’amour.

Le mystère de la crèche et de la croix, de la nativité, de la résurrection et de l’ascension, et tout ce qui concerne la présence du Christ sur terre, c’est l’amour. L’hymne chantée par les anges au moment de la Nativité, « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur terre et félicité parmi les hommes » découle de leur admiration devant l’inconcevable amour de Dieu. En acceptant d’être crucifié par les impies, Christ n’a pas fait preuve de faiblesse, inconciliable avec Sa toute-puissance, mais de Son amour infini. Tous les actes de Dieu sont pleins d’amour pour chaque humain personnellement.

Quittons donc, frères et enfants bien-aimés, le chemin qui mène à la sécularisation. Revenons dans le repentir auprès de Dieu notre Père et de Jésus Christ né dans la crèche comme un frère, venu sur terre par amour nous les égarés qui nous sommes éloignés de Lui. Son amour pour nous est certain. Auprès de Lui il n’y a pas de peur, mais pardon, paix et joie.

Souhaitons que Sa grâce, Sa bénédiction et Son infinie miséricorde soient avec vous lors des fêtes de Noël et du Nouvel An et votre vie durant, dans les siècles des siècles.

Du Phanar, Noël 2005,
† Bartholomée de Constantinople
fervent intercesseur auprès de Dieu de vous tous.

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