Message du Patriarche Bartholomée

Bartholoméos par la grâce de Dieu archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome et Patriarche Œcuménique

Votre, Excellence, Évêque de Comana, locum tenens de l’Exarchat Patriarcal des Orthodoxes de tradition russe en Europe Occidentale, placés sous la juridiction de notre Trône Œcuménique, Frère bien-aimé en l’Esprit-Saint et concélébrant de notre Modicité, Monseigneur Gabriel, fils et filles bien-aimés dans le Seigneur, membres de l’Assemblée Générale Cléricolaïque dudit Exarchat, que la Grâce et la Paix du Ressuscité, notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ, soient avec vous.

Le Christ est ressuscité !

C’est débordant de joie et d’allégresse, mais aussi d’amour et d’honneur, que nous vous adressons, de tout cœur, de la part de la Grande Église du Christ, ainsi que personnellement, de la part de notre Modicité, cette salutation pascale. Nous vous adressons aussi, en toute cordialité, nos prières paternelles, ainsi que notre bénédiction patriarcale, tout en souhaitant que soient menés à bien les travaux de cette Assemblée Cléricolaïque, par la descente sur vous de l’Esprit-Saint. Puisse-t-il vous conduire vers ce qui est la volonté bonne, agréable et parfaite du Ressuscité, Jésus-Christ, notre Seigneur et Dieu.

Nous nous souvenons aussi, en cette heure festive de la Résurrection, à bon droit et avec reconnaissance, de l’Archevêque Monseigneur Serge, d’éternelle mémoire, récemment rappelé auprès du Seigneur. Son gouvernement en toute sagesse de la nef des responsabilités qui lui avaient été confiées, ainsi que son excellente conduite des actions en vue de restaurer la communion spirituelle et eucharistique avec toutes les Églises Orthodoxes, sous le couvert, en tout, du Patriarcat Œcuménique, demeurent inoubliables. Que le Seigneur accorde à son âme le repos auprès de Lui-Même. C’est Lui qu’il a tant aimé et servi en toute loyauté. Il est, bien entendu, difficile, d’exposer son œuvre en quelques lignes, et d’en dire le prix. Il convient pourtant de souligner et de reconnaître qu’il s’est conduit avec sagesse, parmi les vagues successives, tant historiques que psychologiques, qui ont pu animer les ouailles qui l’entouraient, les circonstances aussi, particulièrement difficiles et spécifiques, du siècle dernier. Il est parvenu, avec la collaboration du corps entier, clercs et laïques, de l’Exarchat Patriarcal dont il avait la charge à réviser et à améliorer les règles régissant celui-ci ; et à lui assurer un rapport canonique au Patriarcat Œcuménique, stable et exempt de coercition, ainsi qu’un fonctionnement harmonieux, dans l’équilibre des tendances en présence, sans rupture du corps en plusieurs parties.

En vérité, il a été agréable au Seigneur, en ayant ainsi œuvré avec constance pour l’unité des fidèles ; l’unité de ceux-ci a été un souci constant de Notre Seigneur Jésus-Christ. Car le Seigneur connaissait que l’ennemi de l’homme tenterait en tout temps d’empêcher la réalisation par les fidèles de la fin la plus haute de la vie chrétienne, à savoir leur propre unité, les uns avec les autres, et avec Lui. Il connaissait aussi qu’en cette tentative, cet ennemi utiliserait toute méthode et toute calomnie propres à refroidir l’amour, à mettre en avant des raisons justifiant la division, à éloigner tout un chacun de son frère, et de la sorte, insensiblement, de Lui, le Christ en personne. C’est pourquoi, il enseignait toujours l’amour, la conciliation, le pardon, la compréhension mutuelle ; peu avant Son sacrifice sur la croix, achevant Son œuvre unificatrice, il a prié avec ferveur son Père « pour que soient un » ceux qui allaient croire en Lui dans le cours des siècles.

Celui qui attribue une telle importance à l’unité des fidèles, notre Seigneur Jésus-Christ, Celui qui est aussi le Verbe Créateur du Père, n’a créé aucun homme absolument, identique à un autre, et, en aucun cas, il n’entendait que l’unité était obtenue par l’uniformité. C’est pour cela que l’Apôtre, qui avait compris l’esprit des paroles du Seigneur, nous recommande de nous appliquer à garder l’unité de l’Esprit, dans le lien de la paix, et il précise que le but poursuivi est l’unité de la foi de la connaissance du Fils de Dieu (Éph. 4,3,13) et non l’abolition de la personnalité propre de chacun. À partir de là, plus nous approchons la connaissance du Fils de Dieu et de Son Esprit, plus nous vivons aussi l’unité des uns avec les autres, sans que nous éloignent les uns des autres les différences, qu’elles soient d’ordre physique, social, linguistique, culturel ou de toute autre nature.

C’est en ayant cela en vue que le Patriarcat Œcuménique n’a pas tenté, dans le cours des siècles, d’obtenir l’uniformité des chrétiens ; il les a, au contraire, aidés afin qu’ils puissent adorer Dieu dans leur langue, développer, au sein de chaque nation, leur propre culture, exprimer leur amour du Christ de la manière qu’ils préféraient, dans un cadre général d’ordre et de bienséance. L’Histoire nous fait connaître que, contrairement à d’autres, lesquels avaient voulu imposer l’usage exclusif de la langue latine dans le culte divin, le Patriarcat Œcuménique, a, de tout temps, apporté son appui chaleureux tant à l’usage des langues locales qu’à l’émergence d’un clergé originaire de chaque peuple ; il a, toutefois, toujours rejeté l’intervention de l’ethnophylétisme dans l’espace de l’Église, laquelle il ressent toujours et vit, en tant qu’universelle, en laquelle il y a de la place pour tous les hommes, de même que l’amour de Dieu est égal, et exempt de toute distinction, envers tous.

En ce qui concerne, d’une manière plus spécifique, votre Exarchat, le Patriarcat Œcuménique, reconnaissant et respectant les caractères spécifiques de sa tradition russe, soucieux également de son fonctionnement sans obstacle, pour préserver sa personnalité propre, tout en sauvegardant l’unité de l’Église, a fait tous les efforts possibles et a accepté toute solution susceptible de satisfaire les désirs justifiés du corps dudit Exarchat ; il lui a, ainsi, accordé l’autonomie interne dans toute la mesure compatible avec les saints canons, pour ce qui est de son administration ainsi que de la gestion de toute affaire ecclésiastique, de sorte que cet Exarchat constitue une solution ecclésiastique et ecclésiologique exemplaire, digne d’étude et susceptible d’être appliquée en d’autres situations analogues.

C’est en s’en tenant à cet esprit que les Saints Pères ont organisé la structure visible de l’Église dans le monde, sur des critères de lieu et non d’ethnophylétisme. Ils ont ainsi permis que dans les sociétés polyethniques soient en activité diverses paroisses assurant le service de groupes de fidèles parlant la même langue ; ils n’ont cependant jamais pu concevoir d’approuver l’existence, en un même lieu, de plusieurs Églises, distinctes les unes des autres sur des critères éthnophylétiques. C’est la raison pour laquelle aussi le statut ecclésial, tel qu’il existe aujourd’hui sur le territoire de la plupart des pays qui ne sont pas orthodoxes en majorité, a été considéré par toutes les Églises Autocéphales comme une situation de transition, laquelle doit évoluer, par la suite, vers la forme, qui nous a été transmise, des anciennes Églises Orthodoxes. Celles-ci se distinguaient les unes des autres par leur limites territoriales, et non par l’origine des fidèles qui en étaient membres.

Mais cette évolution potentielle n’est point forcée par le Patriarcat Œcuménique. Elle est en gestation dans la sérénité ; elle est cultivée pour être réalisée quand cela sera décidé d’une manière panorthodoxe ; cela arrivera précisément quand la situation sera mûre et que les fidèles seront devenus familiers d’une telle idée, vers laquelle, ainsi que le montre la situation, nous avançons fermement. À partir de ces considérations, certaines réflexions sur la création de formes ecclésiales sur des critères ethnophylétiques viennent en contradiction tant avec l’ordre canonique, transmis par l’ancienne tradition, qu’avec cet esprit de l’unité des fidèles qui demeurent en un même lieu. C’est la raison pour laquelle de telles idées sont abandonnées même par ceux qui les avaient proposées, lesquels refléchissent désormais plus mûrement.

Le Patriarcat Œcuménique abrite sous ses ailes, avec un grand amour et une affection débordante, tous les Chrétiens Orthodoxes, qu’il définit comme sa Nation propre,à savoir la Nation des Orthodoxes, indépendamment de l’origine ethnique de tout un chacun sans, pour autant, ni annuler, ni déconsidérer l’existence de ladite origine, laquelle procède de Dieu. La personnalité propre de chaque individu, de chaque peuple est un don de Dieu. Dieu, de la même manière qu’Il a fait des uns des apôtres, des autres des prohètes, d’autres encore des docteurs, ainsi que d’autres dotés d’autres charismes (1 Co 12,28-29), c’est ainsi aussi qu’il a défini des nations de même que les limites territoriales de celles-ci (cf. Ac 17,26). Il a clairement institué des divisions de services, d’opérations et de charismes, en vue d’un service mutuel plus harmonieux des hommes entre eux. Il nous a, toutefois, fait, en même temps, connaître, pour éviter de mauvaises interprétations, que c’est le seul et même Esprit, le seul et même Seigneur, le même Dieu qui opère tout en tous (1 Co 12,4-6).

L’affection et l’amour particuliers, mais aussi la considération, du Patriarcat Œcuménique, envers tous les Chrétiens, et tout particulièrement envers les membres de cet Exarchat Patriarcal, sont démontrés par le fait qu’il n’intervient pas dans leur auto-administration interne ; il ne désire point, non plus, exercer quelques tutelle que ce soit sur leur action ; il sert, tout au contraire, leur progrès spirituel, en offrant ses bons services, avec une grande discrétion, chaque fois que cela est nécessaire, en ce qui concerne, en particulier, la foi juste, l’ordre canonique ainsi que l’unité des Églises ; il leur laisse libre champ d’action pour ce qui est du reste.

Nous sommes sûr que vous avez aussi bien en connaissance de tous ces éléments, par expérience, que vous en avez été assurés par l’examen de la situation, que vous persevérerez dans la ligne tracée par l’Archevêque Serge d’éternelle mémoire et que vous élirez, comme son successeur et votre guide spirituel, un homme inspiré par le même esprit ecclésial d’unité et d’ordre canonique, capable et digne de poursuivre l’œuvre spirituelle de celui-ci, en cette période de transition et de crise que traverse le monde, notre propre salut et la gloire de Dieu adoré en Trinité, le Père, Son Fils Ressuscité et le Saint Esprit.

Et que Sa grâce et Son abondante miséricorde soient avec vous tous, bien-aimés. Amen.

Le 30 avril 2003

Copie certifiée conforme Du Patriarcat, le 30 avril 2003

Le Secrétaire en Chef du Saint Synode

- Méliton de Philadelphie

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