Une homélie de Pentecôte de Monseigneur Gabriel

Lundi de Pentecôte : fête du Saint Esprit

Homélie prononcée par Monseigneur Gabriel, dans la paroisse de la Crypte.

Au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Chers frères et sœurs en Christ,

La vie de l’Eglise commence au jour de la Pentecôte. La Résurrection a été proclamée par l’Ange aux femmes, puis, par elles, aux apôtres, mais ils n’ont pas cru en elles. Ils ont eu peur car ils n’avaient pas compris.

De même, lorsque Jésus ressuscité s’est manifesté à eux, ils n’ont pas cru en Lui non plus.

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Icône de la Pentecôte

Ce n’est que par la venue du Saint Esprit que leurs yeux se sont ouverts ! En ce jour-là, ont commencé, à la fois, la prédication de l’Evangile de la Résurrection du Christ et le ministère de l’Esprit Saint, puis la célébration des mystères de l’Eglise c’est à dire les sacrements.

Car la foi chrétienne, ce n’est pas en premier lieu un message mais c’est un événement. Le contenu de notre foi n’est rien d’autre que la Résurrection et la glorification de Jésus, dans lesquelles nous sommes tous impliqués. C’est pourquoi, nous ne pouvons taire cette réalité car « de l’abondance du cœur parle la bouche ».

Mais il ne s’agit pas du tout d’un message banal ni ordinaire, lu au hasard dans un journal ou entendu par hasard en visitant une église comme touriste. Non, il s’agit du sens de la vie, du sens du monde et de celui de mon existence ; il s’agit de la proclamation de la vérité fondamentale de la foi chrétienne, dont nous ne pouvons saisir la signification, le ravissement et la portée que par une expérience personnelle : il faut donc se sentir pleinement impliqués.

Telle est l’action du Saint Esprit : Il vient s’installer dans nos cœurs et Il nous apprend qui est Jésus, ce qu’Il signifie pour nous ainsi que tout ce qu’Il nous a dit.

Au cours de la dernière Cène, le Seigneur l’a annoncé : « Quand viendra le Paraclet que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de Vérité qui procède du Père, il me rendra témoignage » et aussi « il vous conduira vers la vérité tout entière » .

Ces paroles sont devenues réalité le jour de la Pentecôte. Et cette Pentecôte continue dans la vie de l’Eglise. Chaque fois qu’un homme est baptisé et chrismé, il meurt avec le Christ et ressuscite avec Lui pour une vie nouvelle : par l’onction, il participe à l’Esprit Saint, à la vie même de Dieu. Lors de chaque liturgie, l’Esprit Saint descend du ciel, envoyé par le Père, et Il fait du pain et du vin le Corps et le Sang vivants et glorifiés du Christ. Et de notre côté, nous pouvons recevoir ce Corps et ce Sang glorifiés de notre Seigneur.

De même que Jésus est la Sagesse et le Verbe de Dieu, ainsi l’Esprit Saint est-il bienveillance de Dieu, joie, vie, volonté et amour de Dieu.

Dieu se connaît Lui-même et cette connaissance est si parfaite qu’elle n’est pas une propriété ni une qualité du Père : cette connaissance même est Quelqu’Un, elle est une Personne. Cette connaissance de Dieu, ce Verbe qui, dès le commencement, est Dieu, dit « Père » à Celui qui prononce ce Verbe.

Et l’Esprit Saint est l’amour propre à Dieu, en qui Il porte tout ce que Dieu a créé pour aimer : cet amour est si parfait et si profond qu’il n’est pas une qualité ni une propriété de Dieu, mais il est lui aussi une Personne. C’est Lui l’Esprit Saint qui crie en nous : « Abba, Père ! ». C’est Lui aussi qui, avec l’Eglise - l’Epouse du Christ - implore : « Viens, Seigneur Jésus, viens ! », comme le rapporte saint Jean à la fin de l’Apocalypse.

Nous devons sans cesse prier afin que Dieu nous donne, sans interruption, le don de l’Esprit Saint c’est à dire cette grande grâce. Il s’agit toujours de Lui quand l’Eglise chante : Donne-nous « la grande miséricorde » ou « la grâce du salut ». Cette grâce n’est jamais le résultat de nos efforts, elle ne représente jamais une récompense ni ce qu’on a mérité, mais c’est un don gratuit de Dieu, le don suprême.

Au début de l’ecténie qui suit immédiatement l’Anaphore et qui précède le « Notre Père », il y a une supplication que j’aime beaucoup et qu’il convient de méditer dans notre cœur : nous prions afin que notre Dieu Ami des hommes, qui a reçu sur son Autel céleste et invisible, comme un parfum de spirituelle suavité, nos dons, nous envoie en retour la grâce divine, le don du Saint Esprit.

Voilà comment nous pouvons recevoir le Saint Esprit, encore faut-il Le demander !

Le Saint Esprit, c’est à la fois la réponse à toutes nos prières, les promesses accomplies, notre espérance réalisée. La prière la plus brève, par laquelle nous demandons le Saint Esprit, correspond à la formule devenue liturgique « Kyrie eleison », ce qui signifie « Seigneur, aie pitié, sois miséricordieux ! », car l’Esprit est cette grande miséricorde.

Mais cette miséricorde ne signifie pas que Dieu nous accepte de nouveau, après un régime de punition pour tous nos péchés. Sa miséricorde consiste justement dans le fait qu’Il veut s’installer dans nos cœurs, partager notre existence jusqu’au bout, y compris dans les souffrances et dans la mort, qu’Il veut devenir un avec nous. Il veut nous faire participer à sa propre nature divine, à sa Sagesse qui s’est incarnée, à sa joie et à son amour qu’Il a répandus sur toute chair.

Si nous prions sans cesse Dieu pour accueillir ce don de l’Esprit Saint, nous pouvons espérer et même être persuadés que notre prière sera exaucée. Car Jésus a dit : « En vérité, je vous le dis, ce que vous demanderez au Père, il vous le donnera en mon nom. Demandez et vous recevrez, et votre joie sera parfaite ». Donc, pour chaque « Kyrie eleison » que nous prononçons, le Seigneur nous donne l’assurance que celui-ci sera exaucé.

Frères et sœurs en Christ, prions sans cesse Dieu afin qu’Il nous donne sa grâce, le don de l’Esprit Saint, car par Lui et en Lui nous pouvons reconnaître le Seigneur Jésus ressuscité parmi nous. Par Lui qui est la lumière de la connaissance, l’Evangile deviendra l’histoire de notre vie avec Jésus, car l’Evangile ne parle de rien d’autre que de notre relation personnelle avec Jésus.

Fêtons donc la venue de l’Esprit, car par cette venue toutes promesses sont accomplies, notre espérance est réalisée. Soyons donc dans l’allégresse, car « nous avons vu la vraie lumière ! ».

Cette lumière illumine le chemin de notre vie, elle éclaire notre existence, et nous devons garder cette lumière de la vraie foi, nous devons conserver cette présence lumineuse de Dieu dans nos cœurs, jusqu’au jour sans déclin... quand le Seigneur nous donnera la joie de communier à Lui dans son Royaume.

Certes, nous connaissons encore des difficultés dans notre existence, il y a encore dans notre vie un combat spirituel à mener, il y a partout des douleurs et des souffrances, y compris au sein de l’Eglise. De cette réalité, le Seigneur en a parlé en disant :

« La femme, lorsqu’elle enfante, est dans la souffrance parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à un enfant, elle oublie les douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde ».

Une fois que nous aurons atteint le Royaume, nous aussi, nous oublierons les douleurs de notre vie sur terre. C’est pourquoi, déjà ici et maintenant, nous chantons : « Trinité indivisible qui nous a sauvés, gloire à Toi ! ».

Amen.

† Archevêque Gabriel

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