Réaction de M. Sollogoub à l’occasion de la visite du patriarche de Moscou en France

À l’occasion de la visite de S.S. le patriarche Alexis II de Moscou en France, le quotidien Le Figaro a demandé à M. Michel Sollogoub secrétaire du Conseil de l’Archevêché, de présenter et de réagir à cet événement. Le site de l’Exarchat reproduit ici la version intégrale qui s’est trouvée réduite par le Figaro (édition du 3 octobre 2007) pour des raisons de place.


L’orthodoxie de tradition russe : une réalité locale en France

La venue du patriarche Alexis II à Paris, première visite d’un primat de l’Église russe, est un événement important, même si d’autres patriarches orthodoxes l’ont précédée : Ignace d’Antioche en 1983, Bartholomée de Constantinople en 1995 et 2007, Paul de Serbie en 1999. Les orthodoxes de ce pays accueilleront le primat d’une Église marquée par les persécutions de l’époque soviétique mais déjà en pleine renaissance. Pour autant, ce renouveau de l’Église en Russie ne doit pas faire oublier la présence, modeste mais réelle, d’une Orthodoxie en France.

Un effet notable de l’histoire du 20e siècle est que l’orthodoxie est sortie de ses limites géographiques traditionnelles. Les émigrations russe et grecque, puis serbe, roumaine et libanaise, ont abouti à une présence orthodoxe qui, avec le temps et le renouvellement des générations, est bien enracinée sur le sol français, même si ces communautés gardent des liens forts avec leurs Eglises d’origine. C’est le cas de l’Archevêché des églises orthodoxes russes en Europe occidentale qui représente l’entité ecclésiale d’origine russe la plus ancienne en France et de loin la plus nombreuse (une quarantaine de paroisses, un monastère et un institut de théologie). Fondé en 1921 par Mgr Euloge, avec la bénédiction du Patriarche de Moscou Tikhon, cet archevêché a connu ses heures de gloire, comme la fondation de l’Institut Saint-Serge (1925), qui sut renouer avec une tradition théologique vivante et engager un dialogue de fond avec les chrétiens d’Occident, mais aussi ses heures tragiques, comme en 1930, lorsque Mgr Euloge fut interdit par le Patriarcat de Moscou pour avoir participé à des réunions de prières en soutien aux chrétiens persécutés en URSS. Dès lors, il se plaça en 1931 sous la protection du Patriarcat Œcuménique.

Après 80 ans d’histoire, l’Orthodoxie en France n’est plus une Église d’étrangers. Même si de nouveaux immigrés arrivent toujours de l’Europe de l’Est, ils suivront le même processus d’intégration que leurs aînés. De plus, bien des communautés orthodoxes comptent aujourd’hui des Occidentaux de souche. La prise de conscience d’une responsabilité commune dans le témoignage de l’Orthodoxie et le souci de dépasser les clivages entre des diocèses ethniques ont conduit à la création d’un Comité interépiscopal (1967), transformé, suivant les recommandations de la rencontre panorthodoxe de Chambésy (1993), en une Assemblée des Evêques Orthodoxes de France (AEOF) (1997). L’idée est de former à terme, et en lien avec les différentes Églises d’origine, une structure synodale unifiée, certes provisoire - dans l’attente du retour à l’unité avec l’Église romaine, quand les différends théologiques auront été aplanis - mais conforme à l’ecclésiologie orthodoxe.

En avril 2003, le Patriarche de Moscou a lancé une proposition visant à rassembler tous les orthodoxes d’origine russe sous son autorité. Certains y ont discerné un gage de retour à l’Église-mère, mais le plus grand nombre y a vu un déni du travail interorthodoxe accompli depuis 40 ans et une tentative pour absorber l’Archevêché d’origine russe. Or, celui-ci est devenu largement multi-ethnique et l’enracinement de ses membres en ce pays est une donnée incontournable. Cette identité occidentale ne nous empêche pas d’être en communion de prière avec nos frères de Russie. C’est pourquoi de nombreux fidèles de l’Archevêché vivent avec peine les récentes tentatives d’appropriation de ses églises historiques lancées par le Patriarcat de Moscou à Biarritz, ou par l’État russe à Nice.

On peut regretter que, durant sa visite à Paris, le patriarche de Moscou ait décliné l’invitation de l’AEOF, qui se proposait de le recevoir officiellement, et celle de l’Institut Saint-Serge, où l’avait convié Mgr Gabriel, qui dirige l’Archevêché. Cela eût permis au patriarche de se faire une meilleure idée de l’orthodoxie en France, dans sa diversité et son aspiration à l’unité. Nous souhaitons être reconnus comme des chrétiens orthodoxes à part entière, nourris de la tradition russe et désireux de collaborer avec l’Église de Russie sur les problèmes pastoraux liés à l’arrivée ici de nombreux orthodoxes originaires de la CEI. Mais pour cela, une chose est nécessaire : le respect de notre identité spécifique.

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