Situation de la paroisse de Lyon

Certaines informations ont mentionné en fin d’année 2007 le passage de cette paroisse dans le diocèse de Chersonèse du Patriarcat de Moscou. Il était affirmé que ce passage s’est passé « calmement » et que celui-ci « pourrait marquer un tournant significatif dans le triste conflit qui déchire la communauté orthodoxe de tradition russe en France ». Il paraît juste de préciser ici pourquoi il s’agit en fait d’une « scission » dans le corps ecclésial que constituait cette communauté paroissiale à Lyon.


Rappel historique

Le Métropolite Euloge, a détaché le père Michine dans la région lyonnaise dès 1923. Ce dernier officia pour la première fois à Pont-de-Chéruy, dans une petite pièce aménagée avec quelques icônes. Puis, le 11 octobre 1924, l’Association Orthodoxe Russe de Lyon fut déclarée à la préfecture et la paroisse de la Protection de la Très Sainte Mère de Dieu fut créée.

Dès sa création, la paroisse est devenue un lieu d’accueil et de rassemblement pour les familles russes arrivées à Lyon. Après les offices religieux, les Russes se réunissaient souvent, organisaient des pique-niques sur les bords de la Saône. Chaque année une journée culturelle était organisée dans une salle louée à cet effet.

La seconde guerre mondiale a dispersé une grande partie de ces familles privées de travail. La vie devenue très difficile pour beaucoup de ces émigrés, ils se sont déplacés, cherchant du travail, nombreux ont été astreints aux camps de travail en Allemagne. D’autres, naturalisés Français, ont servi dans l’armée française.

Dès la fin de la guerre, le père Georges Choumkine a rassemblé les jeunes pour leur enseigner la foi orthodoxe et les traditions russes, recréant ainsi une vie culturelle. Une colonie de vacances a été créée à Chevagny-les-Chevrillère, et jeunes et adolescents s’y retrouvaient chaque été.

Toutefois, le nombre de Russes commençait à se réduire. Devenus vieux, les premiers réfugiés disparaissaient ; les jeunes qui formaient leurs foyers s’éloignaient de la région lyonnaise. L’église a traversé des périodes difficiles. Tout d’abord, en 1946, la paroisse a suivi son recteur le père Georges Choumkine qui avait décidé de rejoindre la juridiction du patriarcat de Moscou, mais deux ans plus tard une partie des paroissiens est revenue dans l’archevêché, dirigé à l’époque par le métropolite Vladimir, successeur du Métropolite Euloge. Mais, pendant longtemps, il a été difficile de leur trouver un prêtre fixe à demeure. De 1958 à 1962, le père Valentin Bachst a su redonner un nouvel élan à la paroisse. Après le décès du père Jean Postovoï (en juin 1973) qui avait remplacé la père Valentin, le père Jean Krasnobaïeff a desservi la Paroisse pendant environ 4 ans. Très âgé, et résidant à Vichy il ne pouvait plus guère se déplacer, de ce fait, à la fin des années 1970, il n’y a plus eu d’offices pendant presqu’un an et demi. La paroisse du patriarcat de Moscou, elle aussi desservie par un vieux prêtre venant de Vichy, connaissait à la même époque les mêmes difficultés et devaient finalement fermer.

Au début de l’année 1980, le père André Fortounatto a proposé à l’archevêque Georges (Tarassoff) de venir célébrer les offices de la Nativité du Christ. Depuis 28 ans, il dessert désormais la paroisse de l’archevêché à Lyon. Si les premiers offices ne réunissaient que quelques personnes, petit à petit la paroisse s’est agrandie. Les familles qui ne venaient plus aux offices ont repris le chemin de l’église, la Paroisse accueillant aussi de nouveaux fidèles. Par ailleurs, le père André a reçu dans l’Orthodoxie un certain nombre de personnes.

Les enfants des années 80, ont grandi, le père André les a mariés et a baptisé leurs enfants. Il est très rapidement apparu évident qu’il fallait introduire une part de langue française dans les offices, avec mesure certes, car certains paroissiens restaient attachés au slavon, mais de manière nécessaire, car les enfants, les jeunes, les fidèles d’origine française et souvent même des Russes eux-mêmes ne comprenaient pas le slavon, sans parler des choristes qui, bien souvent, n’étaient pas capables de le lire.


Les difficultés

Malheureusement, à partir de la fin des années 1990, des dissensions se sont développées dans la paroisse, sur fond de clivage linguistique (pour ou contre l’usage du français dans les célébrations), et ont provoqué des tensions telles que, fin 2005, le climat était devenu oppressant, provoquant le départ ou l’éloignement de certains paroissiens, notamment de jeunes choristes et de jeunes couples. L’action pastorale du recteur s’est trouvée contestée par un groupe d’opposants qui s’est donné pour objectif de changer l’appartenance juridictionnelle de la paroisse afin d’en préserver la « russité » qu’ils jugeaient menacée. Finalement, ils ont obtenu la tenue d’une assemblée générale extraordinaire en vue de modifier l’article des statuts de l’association cultuelle relatif à l’appartenance juridictionnelle de la paroisse. Une faible majorité de l’assemblée a voté en faveur du passage de la paroisse de la Protection de la Mère de Dieu au patriarcat de Moscou (21 voix pour, 19 contre, une abstention, lors du premier vote d’intention ; 23 pour, 15 contre et une abstention, lors du vote définitif). La démarche a été menée d’une façon parfaitement légale, mais non dans un esprit ecclésial, certaines personnes ayant pris part au vote alors qu’elles ne venaient pratiquement jamais aux offices et ne participaient pas aux sacrements dans la paroisse.

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1ère liturgie dans une salle de la Maison diocésaine le 16 décembre 2007

Le propos n’est pas de rapporter ici les grandes difficultés morales, relationnelles, d’éthique qui, dans ce contexte, étaient celles des paroissiens qui ne souhaitaient pas quitter l’Archevêché, ou qui estimaient que les méthodes de ces actions n’étaient pas correctes. Toutefois, le passage de l’Association au Patriarcat de Moscou à la fin de l’année 2007 a confirmé de fait la scission dans le corps ecclésial.

En décembre 2007, lors de la première liturgie célébrée dans un local prêté par le diocèse catholique de Lyon, s’étaient réunies 46 personnes issues de la paroisse de la Protection de la Mère de Dieu (seuls cinq personnes ne faisaient pas partie de l’ancienne paroisse).

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Fin de la liturgie

Ces fidèles ont souhaité maintenir l’appartenance de leur communauté ecclésiale à l’Archevêché et l’inscrire dans la continuité de son histoire, de sa mission et de sa vision. Ayant perdu le cadre juridique de l’association cultuelle initiale dont ils faisaient partie, ces fidèles se sont donc regroupés pour créer la paroisse dédiée aux Saints Alexis d’Ugine et Marie de Paris. Cette paroisse s’inscrit ainsi dans l’histoire et la continuité de la communauté de Lyon telle qu’elle a évolué depuis 1924.

RP André Fortounatto
Diacre Richard V

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